Christine
02/05/2009
J'avais douze ans, elle quinze. De jais autant que moi de paille, notre amitié a commencé autour d'un feu guitare à la main, elle, la main sûre et rebelle, moi plus tendue et fragile. A priori aucune raison pour que notre relation perdure plus que cette semaine à restaurer une vieille bâtisse au fin fond de la Bretagne, l'a priori n'est pas mon fort et elle détestait ça aussi. On s'écrivait beaucoup, j'ai encore ses lettres, elle avait une écriture ronde et violette toujours beaucoup de mots, beaucoup de chagrins d'amour, beaucoup de violence et de rêves. En cela aussi on se ressemblait. Elle m'a fait découvrir Higelin, Prévert, la Leffe, son journal intime, Nietzsche, Buster Keaton et La bombe humaine, m'a appris à grogner et à jurer. Piercée et tatouée elle fonçait toujours, brûlait et rageait en permanence. Christine. Ma meilleure amie pendant prés de quatre ans, femme pendant que j'étais brindille, des crises de cafard noir profond comme de l'encre, et des rires aussi toujours déployés et sonores. Un jour elle s'est ouverte les veines, dans sa baignoire blanche faïence après m'avoir écrit cette lettre sang mauve sur gris, une fois de plus mais la dernière, et j'ai rien pu faire. Je lui ai jamais dit je t'aime. Elle non plus.

18 commentaires
Une âme soeur peut-être, rares sont les amitiés "fusionnelles", cette compéhension, cette connivence immédiates, comme un rappel de vies antérieures passées ensemble. Christine qui t'a fait grandir, sensible et révoltée, au moment où tu te cherchais dans les remous de l'adolescence. Comme une grande soeur. mais grande soeur fragile parce que sensible. Mais si profonde que peut être une amitié, il reste toujours une petite porte de jardin secret qui reste fermée. Définitivement. Et avant de partir, elle a voulu te prouver par cette lettre la profonde amitié qu''elle avait eu pour toi jusqu'au bout. Je crois le sentir: Christine est toujours près de toi.
Superbe hommage que tu lui fais ici, Helena.
Bisous.
Superbe hommage, en effet. Quand la vie, parfosi si belle, tourne au drame...
Ce n'est pas ceux qui gueulent le plus fort qui sont les forts.
La fragilité avouée des brins de filles, et des brindilles, force l'endurance.
Je salue l'âme de Christine pour toutes les âmes comme Christine.
Marquantes amitiés que celles de l'adolescence. Me demande même si elles ne sont pas les seules qui comptent vraiment.
@ Saravati : oui, c'est vrai elle m'accompagne, mais j'en ai repris conscience que tout récemment, et suis très émue.
Merci à toi.
Amitiés.
Hélèna
@ Feuilly : la vie qui tourne au drame, et ce sentiment d'impuissance, j'en mesure encore les effets aujourd'hui. Ca oblige à une sorte de sagesse, et aussi au respect de la liberté de l'autre, même si elle en est à ce prix. Je l'avais enfoui, mais me suis longtemps mortifié de n'avoir pas pu, mais je sais que ce n'était pas de mon ressort. Et aujourd'hui je l'accepte, et donc aussi je profite mieux de cette relation rare que nous avons eu.
Il aura fallu plus de 25 années, c'est dire que la blessure était profonde.
@ Venise: Ca me fait penser à la fable de La Fontaine, le chêne et le roseau.
Au-delà de ça , nous avions en commun cette souffrance , celle de la chair meurtrie mais nous ne l'avons pas elle et moi résolue de la même manière. D'abord ce n'était pas tout à fait le même contexte, et je pense que elle a senti cette blessure en moi qui l'ignorais à l'époque. Pour elle les choses étaient bien différentes, sa blessure était fraîche et coupante, la mienne loin et carcérale.
Elle a beaucoup fait pour moi, et je ne le mesure qu'aujourd'hui.
Amitiés.
Hélèna.
@ Gaétan: Non , toutes les amitiés comptent. Celles de l'adolescence nous ramènent à un état particulier, mais que pour ma part je ne regrette pas, comment te dire, me sens plus adolescente aujourd'hui!!!
:-)
Take care.
Hélèna
Oué. Les gens qu'on aime se tuent, et quand on est trop jeune on ne voit rien venir, Blue. C'est pas ta faute, ma grande. C'est la faute de personne.
ton amitié me fait penser a celle que j'ai eu a avec Delphine, 10 ans. A 20 ans c'est une leucémie qui m'a emporté. J'ai realisé que certains de mes actes, même 16 ans après sa disparitions (elle aurait du avoir 36 ans hier), sont dues, inconsciement a cette vie d'étoile fillante ... Profiter, prendre, on ne sait jamais! Je ne sais pas si tu as lu mon texte que j'ai écris il y a tout juste un an sur elle. Si tu veux, je te l'enverrai. Il m'a liberé en quelque sorte, ma façon de lui dire enfin que je l'aimais, et a quel point....
Bon dimanche
Barbara
Ps : je comprends cette envie que tu as eu d'écrire sur elle, c'est beau, sobre, triste
@ Christian Mistral : La vie est parfois bien cruelle...
@ Barbara: Oui, envoie le moi si tu veux bien...Profiter, prendre pendant que c'est là ... Oui, vivre à pleines dents, à pleins poumons...
merci Barbara.
Amitiés
Hélèna
Mais non, Blue. La vie n'est pas cruelle. Elle est bête, c'est tout.
Right!
Bête comme des pieds qui marchent.
L'hyper-sensibilité déchire entre deux pôles:
la résignation révoltée et la colère contenue.
Ce qui me tient en vie c'est l'amitié, un baume constant,
un dôme de partage sans conditions,réconciliant, un fil continu à travers les vicissitudes de cette vie bestiale.
Je partage tes propos , Yvan et tiens l'amitié en haute estime. Elle m'est nécessaire et précieuse ...
Merci mon ami Terrible.
Blue.
Merde... P..... de vie.
Moui.
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