18/06/2013
Pluie de soleil

- Klimt - Eaux mouvantes -
C'était un jour d'été. Les champs de lavande s'étalaient à perte de vue. Je m'étais allongé au milieu de l'un d'eux, admirant le ciel et pensant à elle. Elle, que je venais d'apercevoir nue, offrant son long corps souple à l'ondée frémissante qui venait de s'abattre sur la campagne en fleurs. Elle était apparue comme par magie au bout de mon regard. Elle semblait rêveuse et agitée d'une tendresse vibrante. Quand le ciel lâcha d'un coup ses eaux sonores, elle quitta sa robe noire et se déchaussa doucement, pris la peine d'ôter ses sous-vêtements et, le corps nu, entama une danse sensuelle avec les gouttes de pluie glissant sur elle comme la couleur sur un papier d'aquarelle. J'aurais voulu être cette pluie, goûtant ainsi le parfum de ses pores, m'immisçant dans ses cheveux ardents, coulant le long de sa nuque altière, ruisselant sur toute la surface de sa chair. A ce moment, tout moi était en elle, j'étais comme pris d'une passion subite et d'un désir érotique insensé. La pluie s'arrêta net. La magie, elle, continua d'opérer. Ma lady Chatterley se rhabilla, apaisée et sereine et reprit son chemin les chaussures à la main. Le soleil, royal, retrouva toute sa place. L'ondée fut brève et chaude comme une douche dorée. Je laissais alors mon esprit fantasmer sur cet être fou et délicieux qu'il venait de croiser.
C'était un jour d'été, j'errais parmi les lavandes, l'âme en fleur. Je me sentais printanière et précisément prête à éclore et à exprimer ce que mon corps avait à dire. C'était une sensation étrange, profonde, violente et sourde en moi qui ne demandait qu'à sortir. La pluie se mit à tomber, drue, presque chaude, soudaine, puissante. Je n'ai pas réfléchi, je me suis dévêtue et nue, je me suis lovée en elle. Je sentais tout mon être frémir, s'offrir à l'humide, se désaltérer. Et j'ai commencé à danser ne me souciant plus de rien. J'étais bien. J'ai pensé à cette scène sous la pluie du roman de Lawrence que j'avais tant aimé adolescente, j'ai pensé à toutes mes frustrations accumulées, j'ai pensé à la vie, au plaisir, à l'amour, à l'envie d'être libre, fascinée, emportée. J'ai goûté avec une joie manifeste à l'eau vive sur ma peau, j'ai fait l'amour avec le ciel, j'étais dans un état second. L'ondée fut brève, la douche dorée s'arrêta d'un seul coup, je me sentais lavée et en paix. J'étais sereine et habitée par moi-même. Je m'aimais. Je me suis rhabillée et j'ai repris ma route, pleine, rassasiée et confiante. Jamais plus je ne serai celle que j'étais.
Pluie de soleil. Sun Shower Power.
09:31 Publié dans art, écriture, érotisme | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : exercice de style, écriture, art, peinture, érotisme, pluie, émotion, partage, humain

