21/04/2014

Grand ménage

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- Kimono et photo Serge Mouangue -

 

Ce week-end de Pâques, j’ai entrepris un grand rangement d’une petite pièce jouxtant la chambre des enfants où s’entassent le linge propre et le linge sale, les draps, les serviettes de bains, da plage, de table, une caisse de chaussettes dépareillées et tout un fatras de vêtements divers en attente de repassage. Le départ de mon fils aîné qui s’est installé avec sa douce a libéré sa chambre alors j’ai pu dans un grand élan tout passer d’une pièce à l’autre pour faire un grand tri… Il faut dire que ça fait au moins cinq ans que je n’avais pas mis les pieds à fond dans cette pièce, les enfants sont grands maintenant et chacun fait lui même sa petite lessive, quant à moi, j’y faisais un passage éclair une fois par semaine pour le lige de maison et mes effets personnels sans jamais trop m'y attarder. J’ai fait alors des découvertes au milieu des piles s’accumulant de tissus froissés :

Un kimono en soie rebrodé que m’avait offert un vieil ami architecte il y a une vingtaine d’années, j’en avais complètement oublié la couleur. A sa vue j’ai été très émue, je me suis souvenue des longues discussions poétiques que nous avions autour d’un thé vert, je me suis souvenue de ce disque d'Erik Satie qu’il passait en boucle et puis de son parfum si subtil; c’était et c’est toujours un homme sensible mais je l’ai perdu de vue … Il faudrait peut-être que je me mette en quête de savoir ce qu’il est devenu, je pourrais lui envoyer une photo du kimono qui est toujours aussi étonnant de beauté et de raffinement.

Une paire de petits chaussons rayés bleu et blanc bien usagée, elle avait appartenu à mon cadet qui n’avait jamais voulu à l’époque les jeter. Il tenait beaucoup à ses petites affaires. Il était très soigneux. Quand je vois maintenant le chambard dans sa chambre, je me dis que les temps ont changés !

Et enfoui en dessous d’une montagne de torchons, un petit carnet noir. Que pouvait donc bien faire mon petit carnet noir au milieu de tout ça. Et pourquoi n’avais-je jamais cherché à savoir où et pourquoi ce petit carnet noir avait disparu de mon espace ? Et qui avait placé ce petit carnet noir à cet endroit improbable ? Tout en me posant ces questions, j’ai ouvert le carnet noirci de citations. Et j’ai lu, en souriant ce que j’y avais inscrit, ce qui à l’époque me remuait, m’interpellait, me donnait à penser. Pas de date, impossible de me souvenir quel âge avait ce carnet. " Les nuits passées avec toi sont ces fragments de liège qui me soutiennent à la surface de la vie ", " Quand j’aime, mon sentiment est une inondation qui s’épanche tout à l’entour ", " Chacun de nous a sa lutte à soutenir contre son éparpillement particulier "  et celle-là, que j'ai soulignée : " Vivre signifie être conscient, joyeusement jusqu’à l’ébriété ". Je crois bien être restée deux bonnes heures à relire et sourire et ressentir. J’ai été surprise de voir à quel point tout ce que j’avais noté et recueilli dans ce carnet, avec bien sûr le nom de chacun des auteurs - Montherlant, Flaubert, Sachs, Henri Miller - avait sur moi toujours le même effet. Je n’avais donc pas tant changé... Mais Diable que faisait cet objet dans cet endroit alors qu’il n’aurait jamais dû me quitter et comment avais-je pu vivre sans pendant toutes ces années ?

J’ai cessé d’y penser, j’ai continué à ranger, à plier, à laver, à repasser, à remuer, à étendre, les mains occupées, le corps à l’ouvrage mais l’esprit en remue-méninge. Me revenaient en mémoire tous ces livres que j’avais lu et qui avait fait mon bonheur, touts ces mots qui ont dansé et dansent et toutes ces émotions intenses à leur découverte. C’est bon de faire des grands ménages de printemps !

 

20/04/2014

Open your ears

 

 

Fanny Nushka Moreaux

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Pour Nushka

« Chloé, dit-elle, toi, l’image, approche » ; Chloé, Vera, Lou ou Claire, n’ont de cesse de revenir en mémoire à chaque montée d’escaliers. Ces exclamants fantomatiques, à la peau de cire, qui tendent une main ont pourtant le regard rempli de soupçons. Entre postures fantomatiques et tournures d’anges, d’où viennent ces corps, ces traits étoilés, ces grains d’harmonie. Nushka leur offre des marches, des escaliers, des draps, des chaises, des pierres et des poutres, pour les faire tourner, prendre soin d’eux, les mettre en avant, les renverser. Ils volent mais elle ne les regarde plus qu’en tant qu’énigmes de la vie moderne, Lucian Freud n’ayant pas tout résumé. Mais nous sommes à Paris, et ces escaliers sont stendhaliens, ils grimpent jusqu’aux nuages, entrent dans une peinture sourdante d’un lieu sous terre – écho du monde social d’Orphée – sur des tableaux désarmants, une réalisation pulsionnelle qui enlève, frappe, saisit ; c’est un labyrinthe de peintures naissant, une matrice inamovible formalisée en un palladium de trois volontés : hostinato rigore, douceur, légèreté. Jenny Saville, à Oxford, nomme aussi la fabrication d’une œuvre d’un terme étrange avant de laisser chacun s’exclamer: les belles choses, les désarmantes, se font sans tenir de compte ; et ces lambeaux d’étoiles de Nushka, de tissus et de peaux, côtoyant un si fort besoin de tracer et de scier le temps, transportés de toits en toits, donnent mille feux à une œuvre qui montre, pas à pas, d’une beauté irisée, ce que peut la peinture : former le désir au goût de l’éternité.

- Jeremy Mercier, 8 juillet 2012, Oxford -

 

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Nushka est née en 1983, elle vit et peint à Paris.

Diplomée de Sciences Po, puis d’HEC en juin 2010, Nushka peint depuis plus de dix ans. C’est le patrimoine et la culture qui ont attiré Nushka à Science Po, le management culturel qui l’ont conduit à HEC. Nushka considère en effet que la création est un tout, le résultat d’un savoir multi-facette. D’où sa soif d’apprendre, partout, n’importe où.

C’est au côté de trois peintres qu’elle a appris la peinture et le dessin : le peintre américain Zawacky lui a d’abord enseigné l’art du trait à Detroit. Maggie Siner l’a ensuite acceptée à ses côtés pour lui apprendre la mécanique des couleurs. Nushka la considère encore comme son mentor et entretient avec elle une relation forte d’élève à maître.

De retour à Paris, elle rencontre la peintre Hashpa qui lui enseigne la sensualité du modèle et l’art délicat de la composition.

C’est pourquoi la peinture de Nushka allie une maîtrise technique et un style, des sujets des plus modernes. Son pinceau mêle harmonieusement inspirations américaines et européennes, une dualité qui sous-tend l’originalité de son travail.

 

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19/04/2014

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Je ne serais pas ce que je suis si je n'avais pas été ce que j'étais.

 

 

 

18/04/2014

Sans paroles

 

 

Oye-Plage

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- Photo Dominique Hasselmann -

 

 

Quand mon ami Dominique m’a envoyé cette photo de la plage d’Oye, une flopée de souvenirs pas trop tendres m’est revenue. Nous y allions souvent avec papa, maman. Papa avait un couple de vieils oncles qui y avait une petite bicoque. Comment s’appelaient-ils déjà ?

Francis et Georges, je crois. Oui, c’est ça. Francis et Georges. Deux vieux garçons qui avaient été ostracisés par la famille toute entière parce qu’ils étaient homosexuels. Deux hommes charmants que maman tentait de remettre dans le droit chemin. A l’époque, elle s’occupait de mettre en relation des hommes et des femmes pour qu’ils construisent un couple, elle était une sorte de conseillère matrimoniale. Elle n’était pas à une aberration près, ma mère !

Cet été-là, elle s’était mis en tête de présenter Françoise et Jacqueline, deux vieilles filles de son village d’enfance, à Georges et Francis qui avaient déjà l’un et l’autre au moins plus de cinquante ans. L’ambiance était tendue. Je devais avoir onze ans. Je ne comprenais pas à l’époque ce qui se passait, pour moi c’était étrange. J’avais toujours connu mes deux grands oncles ensemble, blaguant, cuisinant, et nous racontant toutes sortes d’histoires drôles. C’était des bons vivants.

Ces quinze jours furent pesants. On aurait dit que personne n’était à sa place, et maman était d’un miel effarant, minaudant, poussant ses deux ouailles dans les bras de ces messieurs en leur faisant bien comprendre l’intérêt qu’ils auraient aux yeux de la famille à rentrer dans le rang.

Je n’aimais pas ce qui se passait, je sentais la fausseté et surtout la grande tristesse de cette idée et de son devenir. Parce qu’à ma grande surprise, elle est arrivée à ses fins et Georges finit sa vie avec Françoise et Francis avec Jacqueline. Je n’ai plus jamais vu mes grands oncles sourire depuis. L’un et l’autre ont dépéri à petit feu. Paix à leurs âmes.

 

Oye-plage reste pour moi, l’endroit du contre-nature, de l’anti-bonheur. Et si pendant des années cette plage fut pour moi un endroit de liberté sauvage où je pouvait courir jusqu’à m’effondrer la tête dans le sable, où je pouvais chanter à tue-tête : « l’amour est enfant de bohème » et où nous faisions avec mon petit frère des châteaux de sable étourdissants, elle perdit d’un seul coup toute sa superbe après cette quinzaine estivale qui m’a tourmentée longtemps sur la nature des sentiments.

 

 

17/04/2014

Amoureuse de l'amour même

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- Josefine Clemens -

 

"Dans l'amour, sans doute, toutes les femmes ont de beaux yeux. Mais celle-ci, l'amour la jette dans le désordre de l'âme (choix volontairement stendhalien du terme) un peu plus avant que les autres femmes. Parce qu'elle est davantage que les autres femmes "amoureuse de l'amour même".

- Marguerite Duras -

 

 

16/04/2014

Outremer

Drôle de journée difficile. La ville était vide. Pas de bruit. Pas de passage dans la rue. Rien qu’une belle lumière crue et un vent frais. C’est compliqué parfois le temps qui semble s’arrêter et qui pourtant en même temps s’écoule. J’ai passé ma journée à attendre. Attendre. Dans mon métier c’est stupéfiant ce temps d’attente. Des heures entières. Et puis d’un seul coup il faut être tout à fait là à peut-être l’unique personne qui a besoin de vous. Elle est entrée quelques minutes avant la fermeture.

-       Je peux jeter un œil ?

-       Oui, et si je peux vous être utile…

-       Je n’ai pas le moral !

-       Je vous laisse regarder, je suis tout près…

Elle est restée un moment à laisser sa main caresser les vêtements. Et finalement a voulu passer un petit pull bleu outremer avec un charmant sautoir fin de fil d’argent et de perles en pâte de verre assorties au bleu de la fine maille dans laquelle soudainement elle semblait revivre. Elle a retrouvé alors le sourire et moi, le sens de ma présence dans la boutique. J'ai pensé à Aristote, l'étonnement de ce que les choses sont ce qu'elles sont, qu'il attribue au commencement de toutes les sciences alors qu'il est aussi, cet étonnement, le commencement de toutes les relations. Pas une journée sans que je m'étonne, même dans celle-ci qui me semblait si morne...

 

13/04/2014

Marguerite

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" Ecrire c'est tenter de savoir ce qu'on écrirait si on écrivait. "

- Marguerite Duras -

 

En lisant ce matin le Hors-Série du Télérama sur Duras - c'est tellement plus que rare que j'aille chez le marchand de journaux mais hier Pat m'a demandé d'aller lui prendre le Nouvel Obs, alors mon regard a bifurqué et je suis sortie avec le nouvel Obs demandé, ce Hors-Série ainsi qu'une découverte pour moi, Psycho et Cerveau, une revue à laquelle je m'abonnerais bien avant de m'y abandonner et ce supplément d'âme... Hé,hé.

Je ne suis pas loin, j'ai été accaparée par ces choses essentielles de la vie : la famille, le travail, la fabrique du quotidien... toutes ces choses qui éloignent de l'écriture mais qui en même temps en font le ferment. Et ce matin, en écossant mes petits pois et en équeutant mes haricots verts, tout en surveillant le poulet dans le four, j'ai lu ce hors-série, et je me suis délectée de la vie et de l'avis de Marguerite et de ses idées et de sa manière de les faire passer et j'ai aimé, tant aimé.

Alors j'ai décidé de reprendre mon flambeau, j'ai décidé de continuer à écrire, dire et partager. " Il y a des lieux dans ma mémoire qui déchaînent des passions très fortes " nous dit Duras, nul lieu n'en déchaine chez moi plus que celui-ci.

Je vais m'écrire ici, une fois encore, une fois de plus, une fois pour tous. Parce que j'en ai besoin. C'est l'enjeu de ce lieu, c'est mon dessein.

 

04/04/2014

"Féroces" de Robert Goolrick

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31/03/2014

Songe d'une journée de printemps

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- Thomas Dodd -

 

 

27/03/2014

Amor fati

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- Photo John Adamski -

 

"Je veux apprendre toujours plus, à avoir dans la nécessité des choses le beau : je serai ainsi de ceux qui embellissent les choses. Amor fati : que ce soit dorénavant mon amour ! Je ne veux pas faire la guerre au laid. Je ne veux pas accuser, je ne veux même pas accuser les accusateurs. Que regarder ailleurs soit mon unique négation ! Et somme toute, en grand : je veux même, en toute circonstance, n'être plus qu'un homme qui dit oui."

- Friedrich Nietzsche -

 

 

25/03/2014

vérité

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24/03/2014

Noces de perle

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Nous voilà tous les deux, trente années après à reprendre comme nous le faisons chaque jour notre bâton de berger. Une relation s’entretient, se cultive, s’ajuste sans cesse. Un amour qui perdure avec autant d’émerveillement pendant tant de temps est comme un plat qu’on surveille sur le feu et auquel on ajoute les ingrédients pour arriver au résultat que l’on désire. Volonté, humilité, don de soi, ouverture à l’autre et sens de l’entreprise… La magie de l’amour entre deux êtres opère si chacun s’aime davantage au contact de l’amour de l’autre et si chaque acte, pensée et parole rend l’autre plus libre et plus en harmonie avec lui –même. Comment penser donner ce qu’on ne possède pas, comment penser recevoir ce qu’on ne s’offre pas, comment aimer si on ne s’aime pas ?

Au cours de toues ces années en compagnie de cet homme magnifique et patient, j’ai appris qu’aimer l’autre implique, qu’aimer l’autre ça n’est pas attendre de l’autre ce qu’on n’a pas en soi, ce qu’on a pas reçu, qu’aimer est une aventure humaine qui oblige au chemin vers soi et que pour aimer vraiment l’autre tel qu’il est cela demande de s’accepter tel que l’on est: faillible, tourmenté, passionné, impuissant, créatif, humain.

Une vie heureuse n’est pas un secret perdu. Et même si une vie ne peut être linéairement heureuse, il y a toujours des obstacles, des épreuves, des dépassements, des prises de conscience douloureuses, des éboulements, la confiance qu’on a dans le sentiment qu’on éprouve, la confiance qu’on a dans celui ou celle qui nous accompagne et plus généralement la confiance qu’on a dans l’amour qui unit et qui grandit chacun des protagonistes fait que c’est le bonheur qui subsiste et dont on se rappelle et qu’on transmet par sa façon d’aimer. Le précieux de l’existence est transmissible par notre être au monde et par l’aptitude qu’on acquiert à s’ouvrir à ce monde.

Noces de perle. Parce que ce qui nous unit à cette valeur ronde, douce et polie, j’en aime l’image. Je nous souhaite d’encore nous aventurer, d’encore nous enrichir l’un l’autre, d’encore nous épauler et nous entendre comme nous le faisons depuis trente ans et je souhaite que ce lien romantique et romanesque qui nous  attendrit chaque fois qu’on y pense et qui embellit notre vie soit une source inspirante de beauté et d’amour vers autrui…

 

 

23/03/2014

SEULS - Éloge de la rencontre

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Quand mon libraire m’a tendu le dernier livre de Marc Alpozzo, j’ai été surprise par sa petitesse. J’étais loin de m’imaginer alors que j’allais passer avec ce petit livre cramoisi un aussi bon moment, de ces moments de grâce où on a le sentiment de parler le même langage, ces moments où l’on communie et où l’on se sent d’un seul coup moins seul avec sa façon de voir le monde et la relation à autrui. « Seuls, éloge de la rencontre »… J’ai commencé à le lire après une rude journée de travail, j’ai fait un feu dans la cheminée, me suis servie un verre de bon vin, me suis calée dans un siège juste en face des flammes et j’ai, tout  en me disant que j’allais juste jeter un œil pour dire de voir et sentir l’ouvrage, d’abord lu la quatrième de couverture puis le début, la première phrase…

La fuite du protagoniste, sa rencontre avec une femme et la discussion à cœur ouvert qui s’engage entre eux, l’interaction qui se crée, l’avancée dans la réflexion, dans la quête de justesse et de sérénité, tout cela fait avec une sorte de légèreté et une intimité qui s’installe de suite, je suis très vite entrée en contact avec la « dame philosophie » et avec la volonté de l’auteur  de nous inviter à partager sa conviction que c’est dans la rencontre de l’autre qu’on se rencontre soi-même et qu’on parvient alors à aimer son prochain…

Je n’ai pas lâché l’ouvrage avant la fin, j’en ai complètement oublié mon gratin dans le four, le repas familial, et même le feu qui commençait à s’éteindre…

«  Une rencontre entre deux individus est possible, lorsqu’on a abandonné la volonté de trouver en l’autre quelque chose que l’on cherchait désespérément, oui ! Si nous croyons en un idéal, nous ne trouverons rien. En revanche il existe une rencontre qui se nourrit seulement de cet amour que nous pouvons avoir pour nous-même, sans attaches, sans désir de possession, sans fusion, à la jointure de deux individualités qui s’ouvrent l’une à l’autre par pure bienveillance, sans jugement ; il me semble qu’alors tout est possible. »

J’ai senti une vague de joie m’envahir. Et j’ai refermé le livre de Marc Alpozzo comme si je venais de quitter un ami, enrichie de son écriture limpide, fluide et pleine de sensibilité et d’humour. Une rencontre. Un ravissement pour l’esprit. «  Seuls, éloge de la rencontre » est un petit bijou d’authenticité et d’humanité à déguster et partager …

 

 

22/03/2014

La chanson des vieux amants

 

 

21/03/2014

Lettre à mon père

Papa,

 

C’était ton anniversaire, hier. C’était aussi la veille du printemps. Je ne me souvenais plus de ton âge… Mon petit sms t’a touché à entendre le message que tu m’as laissé. Je crois bien que c’est la première fois que tu me parles si longtemps et avec autant de trémolos dans la voix. Je sais que c’est difficile pour toi d’exprimer ta tendresse, ton affection, tes sentiments. Nous avançons, tu vois, loin l’un de l’autre mais avec ce lien qui nous lie l’un à l’autre qu’on en veuille ou pas.

Je t’ai vu pleurer trois fois dans ma vie, la première c’était au décès de ton père, j’avais ce jour-là un pull-over vert qui m’arrachait la peau, tu semblais si désemparé face au trou béant dans la terre qui emportait celui dont tu aurais tant voulu être aimé et dont tu semblais si fier, tes larmes m’ont bouleversée du haut de mes huit ans. Et puis il y a eu cette seconde fois, intense, dans le salon télé à la maison, suite à une émission sur la guerre d’Algérie, cruelle, tu nous avais alors parlé de la tienne, tu étais tout jeune soldat, tu venais à peine d’avoir dix-huit ans et les images qui remontaient et que tu avais tant de peine à décrire ont fait une nouvelle fois couler tes larmes, j’avais presque envie alors de te prendre dans mes bras, tu semblais si fragile, j’avais quatorze ans.

La troisième fois a été bien différente, j’avais plus de trente ans et nous étions alors tellement tous remués par une vérité impossible à entendre et à accepter, une vérité qui nous montrait notre père sous une autre lumière, pas celui qu’on pensait que tu était malgré toutes tes difficultés et tes duretés. Cette fois où j’ai compris que tu n’avais pas pu être le bon père que tu aurais voulu être mais bien trop dans la haine de ce père là pour comprendre ta monstruosité. Tes larmes, tes larmes ce jour là, tes larmes d’enfant meurtri, tes larmes ne comprenant pas ce que je te disais, ces larmes qui étaient la seule défense et la seule explication que tu pouvais offrir à ma souffrance, tes larmes, ces larmes là ne m’ont pas remuée, enfin pas dans le même sens. Je ne pouvais les accepter, elles ressemblaient aux miennes que pendant des années tu qualifiais de « larmes de crocodile ».

J’ai cessé d’attendre, papa, ce que tu ne peux me donner. J’ai compris que tout ce qui m’était arrivé petite t’avait dépassé, que toi-même tu avais été agi par les ombres d’un lourd passé et que tu as tenté de faire du mieux que tu pouvais. J’ai cessé de pleurer sur cet amour bafoué. 75 ans. Dans le message que tu me laisses, tu me dis que ça va aller, qu’il faut faire pour que ça aille, que juste ton cœur te fait des misères. Voilà. Il a fallu trente ans pour que je puisse t’entendre sans trembler. Je n’ai plus peur de toi, je n’ai plus peur de ce que tu m’as fait, plus peur de vivre et d’aimer.

Tu vieillis, j’ai grandi.

Il faut dépasser son passé, c’est toujours ce que tu m’as dit. Je l’ai fait mien, mon passé, je l’ai éprouvé, je l’ai compris. Toute cette quête de sens m’a rendu ma liberté jusqu’à celle de m’attendrir. Ce que j’éprouve pour toi est indéfinissable mais c’est tout ce que je peux t’offrir, une sorte de pensée apaisée, une sorte de lien posé, une sorte de maturité. Nous savons l’un et l’autre que tout cet équilibre trouvé dans cette distance paisible est ce que nous pouvions faire de mieux pour ne pas nous faire souffrir. Un compromis. Je devrais, je crois, te dire «  merci », de l’avoir compris.

Tu me dis à bientôt, dans ton message juste avant de raccrocher. C’est gentil, mais ça n’est pas vrai. Seul l’espace qui nous sépare nous permet de faire ce que nous avons à faire, toi de ton côté avec maman et tes activités et moi, avec ma famille telle que j‘ai voulu qu’elle soit, avec tes petits-fils que tu ne connais pas et cet homme qui est leur père... 

Encore bon anniversaire papa, prend soin de toi.

 

Ta grande fille.

Blue

 

 

19/03/2014

Running up that hill

 

 

18/03/2014

Lou Ros

 

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" Le trait vivant et vibrant au lieu du beau trait net et droit."

- Lou Ros -

 

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Rendre compte de la peinture de Lou Ros implique nécessairement le passage par la reconnaissance de sa proximité avec ceux qui viennent avant : de Bacon à Jenny Saville, ces visionnaires de la chair. Jeune peintre (né en 1984) Lou Ros a commencé sa pratique dans la rue. Mais très vite, le graff, rapide, éphémère et spontané, laisse place à des œuvres plus élaborées et plus construites. Très vite aussi, le corps émerge comme sujet premier de toiles dont le sens, et c’est une constante dans son travail, est moins dans le propos, le thème abordé, que dans la capacité qu’a la matière peinte à rendre compte des palpitations du réel.

 

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De l’autoportrait à l’autre portrait.

« Le propre d’une face, c’est bien sûr de se tenir en face de nous. C’est, aussi, de faire du face-à-face une relation de regard. Point n’est besoin de voir distinctement un faciès, une physionomie, des traits, pour qu’une face nous regarde, pour que sa distance nous affecte et nous touche. Il suffit pour cela que nous prêtions à ce qui nous fait face le pouvoir de nous rendre un regard, le pouvoir de lever les yeux sur nous. »

Extrait de « La ressemblance par contact » de Georges DIDI-HUBERMAN

 

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 - Lou Ros -

 

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17/03/2014

Femmes !