01/10/2014

Zaz - Ma déchirure -

 

 

30/09/2014

Marcelle Sauvageot

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C’est du bonheur d’être bouleversé et de ne plus rien savoir. Mon Dieu, comme cette phrase m’émeut. Mais avoir encore un petit coin de conscience qui toujours sait ce qui se passe qui, parce qu’il sait, permet à tout l’être intellectuel et raisonnable d’avoir aussi à chaque seconde quelque chose du bonheur qui arrive, avoir ce petit coin de conscience qui apprécie lentement l’évolution de la joie, la suit jusqu’à ses fins les plus extrêmes, n’est-ce pas  du bonheur ? Je dis, oui. On ne sait pas ce que de quoi demain va être fait, pas plus qu’on ne sait, parce qu’on n’y fait pas attention, de ce que notre journée passée a été faite. Toujours avoir en conscience cette faculté d’apprécier, de goûter, et d’explorer. Toujours garder cette faculté d’être à l’instant entier, fin, attentionné. Il y a un petit coin qui ne vibre pas, mais ce petit coin reste le témoin de la joie ressentie. Pas de lumière sans ombre, pas de noir sans blanc, pas de vie sans contraste, pas de plaisir sans frustration. C’est lui qui se souvient et qui peut dire : j’ai été heureux et je sais pourquoi. Je veux bien perdre la tête, mais je veux saisir le moment où je perds la tête et pousser a connaissance au plus loin de la conscience qui abdique. Oui. Il ne faut pas être absent de son bonheur. C’est un crime. Il ne faut pas être absent, il faut être acteur, scénariste, metteur en scène et producteur.

  

La déclaration

 

 

 

 

26/09/2014

Edoardo Tresoldi

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Edoardo Tresoldi est un sculpteur scénographe italien qui vit et travaille à Rome.
C’est avec une grande dextérité et un réel talent que l’artiste modèle ses personnages faits de grillage.

L’artiste fige ses oeuvres dans un mouvement, un passage, comme le ferait le photographe.
La transparence du grillage donne un sentiment mystérieux et étrange à ces personnages fantomatiques.

 

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La nature, qui met sur l'invisible le masque du visible, est une apparence corrigée par une transparence.

- Victor Hugo -

 

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25/09/2014

Vivre Penser Regarder

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Il y a quelque chose de touchant dans sa manière d’écrire, de parler de son père, de la relation au père, de ses sœurs, du miroir, de la relation au miroir, du cinéma, du pourquoi nous choisissons tel vêtement plutôt que tel autre pour s’habiller : « J’aime les vêtements qui ont quelque chose de masculin sans me faire ressembler à un homme. J’aime les chaussures avec lesquelles je peux bouger, danser, et même courir si nécessaire. Talons aiguilles, plateformes, brides compliquées aux allures d’entraves, ce n’est pas «  moi ». J’aime les vêtements qui servent et accentuent ma dignité, sans pour autant qu’ils soient sobres et sérieux au point de me donner l’air de manquer d’humour. Voilà ce que je souhaite exprimer quand je m’habille. Honnêtement, j’ignore si je réussis ou non dans cette entreprise. Je ne me vois pas assez souvent. Avant de sortir de chez moi pour me rendre à une soirée, je jette un coup d’œil à mon image dans le miroir et puis je m’en vais, bienheureusement inconsciente de ce dont j’ai l’air quand je vis ma vie. » Siri Hustvedt, dans son livre Vivre Penser Regarder dit en préface, tout livre est pour quelqu’un. Je me retrouve profondément dans le sien.

 

 

21/09/2014

Trente ans

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On a toujours loisir de choisir dans la vie. J’ai choisi il y  a juste trente ans de mettre au monde mon enfant, contre et malgré l’avis de mes parents, et chaque fois que j’y pense, je me dis que j’ai bien fait, pourtant  sans le savoir j’avais mis le feu aux poudres. Et j’ai lutté, lutté, lutté. Quand maman est entrée ce jour là dans ma chambre me demandant d’avorter, j'avais 19 ans, j’ai refusé. Je ne sais toujours pas comment j’ai fait.

Mon fils a eu trente ans aujourd’hui. Trente années. Merci la vie, merci à lui !

 

17/09/2014

Plus je vieillis...

 

" Plus je vieillis , et plus je trouve qu'on ne peut vivre qu'avec les êtres qui vous libèrent , qui vous aiment d'une affection aussi légère à porter que forte à éprouver."



- Lettre d'Albert Camus à René Char -

 

 

16/09/2014

Jeu de mains

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- Photo J. Schmit -

 

Je croise au hasard de mes pérégrinations une image, elle m’émeut… Pas seulement par ce qu’elle représente : cette main, immense, main de pianiste ou de sculpteur, d’écrivain, de danseur ? Mais par ce qu’elle dégage : la douceur du geste, main caressante, qui semble envoyer un baiser ou qui s’apprête peut-être du bout des doigts à s’approcher du bout des lèvres comme pour savourer un moment ou prendre la température d’un instant…

J’aime les mains. J’aime leur langage, leur grâce, leur suggestivité. J’aimerais connaître davantage l’homme derrière celle-ci, est-il à l’image de sa main délicat et fort, grand, bien bâti, soigné, sensuel, gourmand, curieux de la vie ? Nos mains en disent-elles longs sur nous, sont-elles comme les yeux un miroir de notre âme ? As-t-on les mains de notre personnalité, de notre unicité ?

Petites pensées du matin…

 

15/09/2014

L'ambiguïté

" La cohérence ne peut éliminer l’ambiguïté, toutefois. L’ambiguïté n’est ni tout à fait une chose, ni tout à fait une autre. Elle ne trouve pas sa place dans l’alvéole, le casier, la fenêtre, l’encyclopédie. C’est un objet dépourvu de forme ou un sentiment qu’on ne peut situer. L’ambiguïté demande : où est la frontière entre ceci et cela ? L’ambiguïté n’obéit pas à la logique. Le logicien dit : tolérer la contradiction, c’est être indifférent à la vérité. Ces philosophes-là aiment jouer à des jeux de vrai ou faux. Mais l’ambiguïté est intrinsèquement contradictoire et insoluble, étourdissante vérité de brouillards et de brumes, figure indiscernable, fantôme, souvenir ou rêve qui ne peut être retenu ou enfermé dans mes mains parce que c’est toujours cela qui s’envole, et je ne puis dire ce que c’est ni même si c’est quelque chose. Je la traque à l’aide de mots malgré son refus de se laisser capturer, et une fois de temps en temps, j’imagine que je m’en approche."

 

- Siri Hustvedt -

 

 

14/09/2014

Désir

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Son désir éveille mon désir qui appelle son désir...

 

 

13/09/2014

Une heure avec Arturo Bandini

Hier matin j’ai du prendre le train, une fois encore, pour Paris. C’est la deuxième fois depuis la rentrée que je tombe sur les nouveaux TGV à deux étages et c’est la deuxième fois que je me retrouve à l’étage du haut, on ne voit pas le paysage défiler de la même manière et quand on croise un autre train, on le dépasse d’une tête, tout semble différent. Je suis presque seule dans le compartiment. Je lis. J’extrapole, j’entre dans un monde, j’imagine ce que ferait Arturo Bandini s’il était assis devant moi. Me ferait-il un sourire, un regard de merlan frit, serait-il brutal ou doux ou les deux à la fois? Je le vois me tendre un Le petit chien qui riait, et me demander à qui il peut le dédicacer. Je lui dis : «  A Blue ! » et j’entends alors un «  Pourquoi Blue ? » avec un étrange ton dans la voix mi figue-mi raisin. Je continue ma lecture. L’écriture de Fante est saisissante, elle ne vous lâche plus. J’imagine alors une nuit avec Bandini, dans son petit lit au dessus des oranges qui pourrissent. J’esquisse un sourire à mon tour. Comment a été sa mère, son père, quel enfant avait-il pu être, quel adolescent torturé, quels méfaits avaient-ils commis avant ses « je vous salue Marie », quel amant était-il ? Un grand noir vient s’asseoir d’un seul  coup devant moi. Il est bel homme. Mon regard part vers le ciel bleu divin, le train continue à avancer et l’heure tourne.  « Des jours sans, des ciels bleus sans jamais un nuage, un océan de bleu jour après jour, et le soleil qui flotte dedans. Des jours d’abondance aussi, avec plein de soucis, plein d’oranges. On les mange au lit, on les mange au déjeuner, on se force à les avaler au souper. 5 cents la douzaine, les oranges. Soleil dans le ciel, soleil dans l’estomac- en jus. » Bandini ne me quitte plus, il semble avoir atteint son but, il a aspiré ma raison et je suis emplie de sa vie. J’ai le sentiment de sentir son odeur, sa sueur, son désoeuvrement, sa passion, sa rage de vivre. Une bouffée de tendresse pour lui m’envahit. J’arrive à la page 73 et le train s’arrête. Je suis à Paris.

 

 

07/09/2014

Naître

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- Photo Tania Thune-Larsen -

 

" Nous naissons, pour ainsi dire, provisoirement, quelque part ; c'est peu à peu que nous composons en nous le lieu de notre origine, pour y naître après coup, et chaque jour plus définitivement. "
 
- Rainer Maria Rilke -
 
 
 
 
 

06/09/2014

Ainsi soit-il...

J’ai en moi ces images du Maroc, elles sont ancrées. Pas que des images d’ailleurs des sensations, des ressentis… Je reviens dans ma vie à la vie et je me rends compte que c’est étrange. J’ai œuvré pour exister toute ma vie, j’ai lutté, j’ai bousculé, j’ai fait des dégâts, ça pour les dégâts … Mais j’ai persisté. Et, c’est là que je veux poser ma tente, parce que c’est suffisamment ailleurs pour moi et que j’ai besoin de cette distance pour être moi. Je le regrette. J’aurais aimé pouvoir être entre mes murs, mais mes murs sont trop enduits d’hypocrisie, de non-dits, de perversités. Mais je ne suis pas certaine que l’ailleurs qui me fascine et m’interpelle puisse répondre à ma quête… C’est mon chemin… Je veux écrire ce que je ressens, qu’importe le pourquoi du comment !

 

01/09/2014

Arrêt sur images : Asilah

 

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31/08/2014

Le Pain Nu

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Traversée marocaine -3-

Comme le temps passe vite, trop vite, comme le Maroc est déjà loin, repris par une vie lilloise trop active et bientôt la braderie ! Essaouira, Taroudant, Mirfelt, Tiznit, Sidi-Ifni, les plages océaniques à perte de vue, le désert, les souks truculents et odorants, le silence d’une campagne infinie, le goût du pain trempé dans des plats parfumés, le sucré du jus d’orange frais qu’on s’offre à chaque petite coin de rue, le brillant des poissons à la sortie des bateaux de pêche, l’élégance et le chatoiement des tissus dans lesquels s’enroulent les berbères, la puissance de la grande mosquée de Casablanca, l'esthétique médina d'Asilah…

Tout cela s’éloigne tout en restant quelque part comme un baume au creux de ma cervelle. J’ai quelques images fortes, en plus des magnifiques levers et couchers de soleil, pourtant qui subsistent plus que d’autres, celle par exemple de ces femmes sur les plages qui se baignent habillées des pieds à la tête. J’avais alors le sentiment d’être une intruse au milieu à l’inverse de tous ces hommes à moitié nus, pas évident d’accepter ce déséquilibre quand on est une femme qui aspire à sa liberté d’être…

Et puis il y a eu «  Le Pain Nu », le livre de Mohamed Choukri qui m’a bouleversée durant mon voyage. Un texte cru, nu vérité d’un vécu, audacieux et percutant, qui ne peut laisser indifférent , qui bouleverse, qui secoue et montre des facettes de la vie au Maroc qu’on ne perçoit pas, qu’on imagine pas tant c’est cruel et inhumain. Aucun endroit au monde n’empêche la violence et l’envie d’en découdre. Choukri a une histoire qui dépasse l’entendement, elle apparaît d’autant plus puissante qu’il n’a appris à lire et à écrire qu’à vingt ans. Je me demande comment il a pu ainsi mettre des mots avec autant de lucidité et de force alors qu’il n’y avait pas accès enfant…

Certains livres, certaines expériences, certains voyages nous changent. C’est presque imperceptible, le changement n’est pas fondamental mais il s’opère et distille ses signaux un peu partout en nous. Notre mémoire organise autrement son classement et vient donner un autre éclairage à nos acquis. Déjà envie de repartir m'ouvrir et m'enrichir : d'autres contrées, d'autres façon de vivre, d'autres façon de penser et de se raconter...

 " Mon frère était devenu un ange. Et moi ? deviendrais-je un diable ? C'est sûr, pas de doute. Les enfants, quand il meurent, se transforment en anges, et les adultes en diables. Mais il est trop tard pour moi espérer être un ange." - Mohamed Choukri -

 

24/08/2014

Arrêt sur images : Essaouira

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Traversée marocaine -2-

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- Vue large de la médina de Fès -

 

Fès est une ville insensée, croulante de richesses, dense, oppressante, étourdissante. Sa médina, véritable gruyère de ruelles, d’impasses, de places ornées de ravissantes fontaines, de centaine d’échoppes et de petites tables alléchantes de fumets, d’ateliers d’artisans, de mosquées, d’ânes ou de mulets est envahie d’échafaudages. Elle a souffert de nombreuses années de négligences, les fassis vivants sur leurs acquis et leurs certitudes ancrées que leur ville est faite pour durer. Elle l’est.  Cette ville impériale, berceau de grandes dynasties, ayant traversé 1 200 ans d’histoire est sans doute une des villes du Maroc la plus fascinante, celle de sa mémoire.

Nous y avions passé quelques jours en Février, découvrant à l’aide d’un guide la tannerie qui illustre mieux que tout autre artisanat la persistance de traditions remontant à l’époque médiévale, on a l’impression de vivre dans un livre d’histoire en voyant ces hommes, pieds nus plongés jusqu’au genoux dans des grands bassins de liquide saumâtre tanner les peaux de chèvres ou de chameaux, les teindre dans d’autres bassins aux couleurs puissantes provenant de l’indigo, du safran ou du pavot, pour finir par étendre à sécher les matières obtenues aux alentours sur les terrasses, ça pue. La fiente de pigeon et l’urine de vache mélangés à de la cendre sont les principaux ingrédients utilisés pour tanner les peaux, on ne s’étonne alors pas de l’odeur mais on se demande comment font ces hommes pour travailler dans de telles conditions !

Mais cette fois, nous avons logé hors de la médina, dans l’ancien palais du vizir du roi qui avait trouvé là un bel endroit pour prendre un peu d’air et de hauteur. Le coucher et le lever du soleil de la terrasse embrassant d’un regard toute la vieille ville fut un grand moment d’émotion. Une soirée, une nuit et une matinée de pur extase ponctués par le chant du muezzin, étourdissant à Fès car relayé par de nombreuses mosquées et qui semble se répéter en écho à l’infini…

Depuis notre arrivée à Tanger, notre esprit avait déjà enregistré un nombre d’images et de sensations assez important. Nous avions pas mal fait de route aussi, il était temps d’un peu se poser et buller, prendre le temps de lire et de vivre au rythme de son corps sans contrainte, seule manière à mon sens de se ressourcer et de prendre de la distance avec ce que nous impose un métier. Au Maroc, tout semble propice à ce lâcher-prise. Ayant en l’occasion de discuter plusieurs fois avec des français ou autres étrangers vivant depuis de nombreuses années dans ce pays et avec des ressortissants aussi, je leur ai souvent demandé s’il ressentait tout comme moi forte propension à vivre le moment présent, cette invitation au lâcher-prise, tous m’ont dit que, oui, c’était une des caractéristiques de « l’état d’esprit ». Pour eux, la majorité de la population marocaine vit au jour le jour parce qu’elle ne sait exactement ni d’où elle vient ni où elle va.

«  Il me semble que les marocains n’ont pas le sens du passé  parce qu’ils n’ont pas le sentiment urgent et inéluctable de l’écoulement du temps tel que nous l’avons en Occident. Malgré ses vieux monuments, ses coutumes ancestrales, son folklore, ces villes vénérables, le Maroc n’est pas un pays d’histoire ; c’est un pays de traditions. Et je pense que si l’histoire donne à celui qui la pratique le sens  du mouvement du temps, c’est précisément ce que les traditions ne donnent pas du tout. Elles donnent bien plutôt le sens d’un temps cyclique et d’un éternel retour. Car une tradition n’est pas le passé, c’est une pratique issue du passé mais répétée au présent, c’est un héritage vécu, réactualisé, chaque fois conjugué sue le mode du maintenant. Mais c’est aussi un héritage dont on ne connaît finalement pas l’histoire, hormis de vagues origines mêlées de légende. D’où vient tel ou tel rituel. Peu importe, l’essentiel est de respecter l’usage quand on célébrera le mariage.» nous dit Michel Van Der Yeught, dans son très instructif livre témoignage, récit de voyage : Le Maroc à nu.

Il ajoute aussi, quant à la notion de futur : « Ce qui me frappe chez la plupart des gens, c’est leur incapacité mentale à concevoir la nature du futur et particulièrement à percevoir les problèmes et les dangers potentiels qu’il recèle. «  Pas de problèmes ! » vous déclare-t-on joyeusement alors qu’en bon Occidental miné par la prévoyance vous les voyez déjà fourmiller de toutes parts. Il leur semble très difficile de se persuader que par un enchaînement des causes et des effets, tel facteur produira telle conséquence, et donc que tel événement deviendra inévitablement présent, donc contraignant, et qu’il faudrait peut-être s’y préparer maintenant sous peine d’en souffrir plus tard. C’est si loin l’avenir, c’est tellement vague que ça en devient irréel. Tant de choses imprévues sont susceptibles de modifier le cours des choses… »

Comment vivre sans savoir d’où l’on vient et sans savoir où l’on va, comment créer, anticiper, entreprendre ? Ce qui me ravit, m’interpelle. Est-ce que ces hommes et ces femmes qui vivent autant au présent en sont-ils plus heureux s’ils n’en ont pas conscience ? N’est-ce pas parce que l’on a un sens aigu et douloureux de l’écoulement du temps que nous maîtrisons plus ou moins notre destin ? Ou y-a-t-il une autre manière d’appréhender l’existence, peut-on arriver à « être « à son présent sans notion d’hier ou de demain ? En attendant, moi ça me fait du bien chaque fois que j’y viens, mais si je voulais y vivre ?

Direction l’océan !

Nous reprenons la route pour nous rendre chez Fatima à El- Jadida qui nous reçoit chez elle dans sa maison d’hôtes  à quelques kilomètres de cette ancienne ville portugaise avant de nous poser pour de bon quelques jours à Essaouira, la « petite perle »…

 

 

( à suivre...) 

 

 

21/08/2014

Arrêt sur images : Chefchaouen

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20/08/2014

Traversée marocaine -1-

L’année dernière nos vacances estivales furent italiennes, cette fois-ci nous les avons voulues marocaines, bien nous en a pris ! Nous pensions crouler sous une chaleur torride, et bien nous n’avons jamais eu trop chaud, pourtant tous ceux à qui j’avais annoncé vouloir voir le Maroc l’été m’avaient mise en garde en me disant : «  Tu vas cuire, t’es cinglée ! ». Il est vrai que ça n’est pas une destination souvent choisie à cette époque de l’année, les touristes préfèrent découvrir ce pays plutôt en automne ou au printemps. D’ailleurs sur le ferry nous emmenant de Tanger à Sète, nous étions sans doute les seuls, mon homme et moi avec un autre couple de marseillais et leur moto de trial, au milieu d’un nombre infini de ressortissants retournant en famille au bled. Quelle ambiance étonnante et bon enfant sur ce grand bateau italien, la compagnie marocaine qui assurait ce genre de traversée ayant fait faillite. Nombreux étaient ceux qui regrettaient d’ailleurs l’époque où  l’on pouvait s’y restaurer gratis.

 

Après 36 heures de traversée, dont cinq longues heures à faire la queue pour obtenir son visa sur le passeport et le papier indispensable de la douane pour la voiture qui n’a pas le droit de rester plus de 6 mois au Maroc, queue qui permet de tailler des bavettes de et nouer des liens tant elle parait interminable, ainsi que quelques nombreuses heures à la lecture assidue du Manipulateur de John Grisham, roman d’un efficacité étourdissante qui m’a tenu en haleine pendant une grande partie du temps, nous débarquons à Tanger. C’est la lumière qui m’a frappée tout de suite, la lumière et le calme étonnant de la ville en cette fin de matinée, avant-dernier jour de ramadan oblige.

 

J’avais une image en tête bien précise de Tanger, une image de petite ville d’allées de maisons blanches bordées de palmiers, un peu comme sur la promenade des anglais à Nice, cette ville que Montherlant appelait, « Tanger à la gorge bleuâtre, tourterelle sur l’épaule de l’Afrique», seule ville d’Afrique où l’on se baigne le matin dans la Méditerranée et le soir dans l’océan Atlantique, qui sera peut-être un jour relié à L’Europe par un tunnel ferroviaire sur le modèle du tunnel sous la manche, j’y ai découvert une grande cité qui s’étend avec une ville nouvelle en pleine expansion. Tous les livres et les guides parlent de sa magie et il faut dire que la magie opère surtout dans la médina et son pittoresque Grand Socco. Pourtant elle opéra davantage sur moi à Tétouan, un morceau d’Andalousie qui se serait trompé de continent, sans doute par son échelle plus humaine et parce que plus proche de l’image que je me faisais de Tanger… C’est terrible de se faire des idées à l’avance, ça empêche parfois d’apprécier les choses telles qu’elles sont. Mais ce n’est ni une soirée à Tanger, ni une escale à Tétouan qui permettent de bien ressentir les lieux, dans ce pays étonnant de richesse, il faut prendre son temps. D’ailleurs la notion du temps n’est pas la même ici, que chez nous dans le Nord, on le comprend assez vite…

 

« Indéfiniment le bleu s’évade. Ce n’est pas à vrai dire, une couleur. Plutôt une tonalité, un climat, une résonance spéciale de l’air. Un empilement de clarté, une teinte qui naît du vide ajouté au vide, aussi changeante et transparente dans la tête de l’homme que dans les cieux. »

Arrivés à Chefchaouen, « la ville bleue », j’ai été subjuguée, et c’est alors que me sont revenus les mots de Maulpoix dans Une histoire de bleu… Chefchaouen, étape que nous avions prévue avant de descendre à Fès, petit village à 600m d’altitude, bleu des pieds à la tête si je puis dire, du pâle au plus foncé, dans toutes ses nuances, des linteaux des fenêtres au pas de porte, jusqu’au sol, tout à fait extraordinaire.  Se préparant derrière les murs à fêter l’Aîd le soir même, le village semblait à l’arrêt. On avait vraiment le sentiment d’être hors du temps, comme dans un conte de fée.  Nous y avons bu notre premier thé à la menthe, geste rituel qui se répétera souvent au cours de notre périple et avons délicieusement baguenauder dans les petites ruelles, nous enfonçant au cœur de la médina jusqu’à une grande place où nous avons pu déjeuner d’un tagine de poulet aux olives et citrons confits...

 

(à suivre)