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28/10/2012

le genre de petite histoire qui fait du bien

Nos bagages sont chargés dans la voiture. Nous avons fait en sorte d'être prêts à partir plus tôt pour ne pas faire attendre la soeur de Pat qui veut dîner avec nous. J'ai du coup quitté la boutique avant l'heure de fermeture, ce qui est rarrissime pour moi un Samedi. Un fois n'est pas coutume. Pat décide de mettre un peu d'essence dans le réservoir et s'arrête à la pompe avant de prendre l'autoroute, histoire de faire des économies. Le carburant est tellement hors de prix en ce moment. Il sort de la voiture et là d'un seul coup se raidit.

- Merde! Il m'arrive une tuile! Je n'ai pas mon portefeuille!

- Tu as dû le laisser à la maison. Quand t'en es-tu servi la dernière fois? Où le mets tu d'habitude?

Pendant que je l'assaille de question et que je commence à sentir l'angoisse m'envahir, il réfléchit.

- Voyons... Je suis allé à la poste ce matin pour l'envoi en nombre. Je suis sûr d'être revenu avec puisque j'ai donné à Isa la carte pro et les coordonnées de la personne qu'elle doit voir pour les enveloppes d'invitation. On est revenu ce midi à la maison. Je ne m'en suis pas servi depuis. Il ne peut être qu'à la boutique. Pourtant je ne comprends pas. j'ai bien fait attention en partant de ramasser toutes mes affaires. Mon apprareil photo, mon casque...

- Retournons à la boutique, voir s'il n'est pas sur le bureau!

On fait le plein avec ma carte bleue, j'avais bien mon portefeuille dans mon sac. Pat garde pour le moment son calme et moi, je fais en sorte de ne pas partager ma peur grandissante. Malgré sa fréquente tête en l'air, je sais que Pat fait attention à son morlingue, néanmoins là je suis inquiète. Retour à la case départ, j'ouvre la grille du magasin, défait l'alarme, remets les lumières et je monte à l'étage. Sur le bureau, rien. Sur le sol pas davantage. Je redescends, Pat me rejoint après s'être garé. Il monte à son tour, et tout comme moi ne voit rien. Il retourne la poubelle, cherche dans les coins. Toujours rien. On fouille l'un et l'autre un peu partout dans le magasin. Rien. Pas de portefeuille. 

- Merde, ça craint! Où peut-il bien être?

- S'il n'est pas ici, il est peut-être dans la voiture, on a pas regardé. Tu n'as pas changé de veste ni de manteau. Un portefeuille, ça ne disparait pas comme ça. Tu l'as peut-être perdu ou on te l'a piqué...

La soirée et le week-end commençaient à prendre une sale tournure. Je ne voyais pas comment nous pouvions aller à Paris sans les papiers de la voiture, sans le permis de conduire de Pat et avec cette incertitude. Nous refermons penauds l'un et l'autre la boutique. Tout cela n'a pas de sens. Et là, alors que Pat a maintenant autant les boules que moi, son portable sonne. Son visage s'éclaire. C'est Pierre, notre petit dernier.

- Pierre a reçu un coup de télélphone. Une jeune femme lui rapporte mon portefeuille dans dix minutes à la maison. Elle l'a trouvé sur le trottoir. Il a dû tomber de ma poche ce midi quand je suis sorti de la voiture. C'est la deuxième fois cette semaine qu'elle trouve un portefeuille par terre et qu'elle le rapoorte à son propriétaire. Pourquoi a-t-elle appelé Pierre? J'ignorais que j'avais son numéro dans mon portefeuille!

- Si,si, souviens-toi, il te l'a griffonné sur un bout de papier quand il a changé de portable lundi. C'est pour ça qu'elle a trouvé ce numéro. C'est fou cette histoire!  

Nous repassons pas la maison. Le portefeuille est au complet sur la table de la salle à manger. Notre soulagement est à la mesure de la tension qui nous a étreint. Pat s'exclame:

- C'est bon de savoir qu'il existe encore des gens comme ça! 

Notre week-end peut commencer.

 

26/10/2012

La source des femmes

 

 

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La source des femmes, un conte oriental plein de lumière, d'émotion, de courage et d'élégance. Un très beau film de Radu Mihaileanu. Son "Va, vis et deviens" qui se passait entre l'Ethiopie et Israel interrogant les racines de l'immigration en Israel m'avait remuée jusqu'au fond des tripes. Son "Concert" sur le monde baroque des musiciens slaves confronté à la décrépitude post-communiste m'avait touchée aux larmes. Beaucoup d'humour et de grâce dans ce cinéma engagé qui ne peut laisser indiférent. Cette fresque sur la condition des femmes dans le monde de l'islam est stupéfiante de délicatesse et devient même universelle invitant à réfléchir sur ce regard que peuvent porter les hommes sur l'autre moitié de l'humanité. "La source des femmes" invite sans forcer à y penser et peut-être à faire doucement bouger certaines choses encore malheureusement trop figées et trop archaïques.

 

Milevska

 

25/10/2012

Pearl Buck

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« Quel que soit son domaine de création, le véritable esprit créatif n’est rien d’autre que ça :   une créature humaine née anormalement, inhumainement sensible. Pour lui, un effleurement est un choc, un son est un bruit, une infortune est une tragédie, une joie devient extase, l’ami un amoureux, l’amoureux est un dieu, et l’erreur est la fin de tout. Ajoutez à cet organisme si cruellement délicat l’impérieuse nécessité de créer, créer, et encore créer – au point que sans la possibilité de créer de la musique, de la poésie, des livres, des édifices, ou n’importe quoi d’autre qui ait du sens, il n’a plus de raison d’être. Il doit créer, il doit se vider de sa créativité. Par on ne sait quelle étrange urgence intérieure, inconnue, il n’est pas vraiment vivant à moins qu’il ne soit en train de créer. »

Pearl Buck (1892 – 1973)



24/10/2012

Élémentaire!

COMMENT WATSON APPRIT LE TRUC

par Sir Arthur Conan Doyle



Watson regardait son compagnon avec intensité depuis que celui ci s’était assis à la table du petit déjeuner. Holmes leva finalement les yeux, et aperçut le regard de son compagnon.

« He bien, Watson, à quoi songez vous ? », demanda-t-il.

« A vous».

« Moi ? »

« Oui, Holmes. Je songeais à quelle point sont superficielles vos petites astuces, et comme il est extraordinaire que le public continue à s’y intéresser. »

« Je suis assez d’accord », dit Holmes. «En fait, je crois me souvenir que je vous ai moi même fait une telle remarque par le passé ».

«Vos méthodes», dit Watson avec sévérité, «sont vraiment aisées à acquérir ».

« Sans aucun doute», répondit Holmes avec un sourire. «Peut être pouvez vous donner vous même un exemple de ces méthodes de raisonnement ?»

« Avec plaisir », dit Watson. « Je suis en capacité de dire que vous étiez fort préoccupé en vous levant, ce matin ».

« Excellent !», dit Holmes. « Comment avez vous su cela ? »

« Par ce que vous, un homme d’habitude soigné, avez pourtant oublié de vous raser. »

« Mon dieu, comme c’est brillant !» dit Holmes. «Je ne savais pas, Watson, que vous étiez un si bon élève. Votre regard de faucon a-t-il détecté autre chose ? »

« Oui, Holmes. Vous avez un client du nom de Barlow, et n’avez pas eu de succès sur son cas ».

«Diable, comment avez vous su cela ? »

« J’ai vu le nom sur une enveloppe qu’il vous a envoyé. En l’ouvrant, vous avez poussé un grognement, avant de la fourrer dans votre poche avec un froncement de sourcils ».

« Admirable ! Vous êtes effectivement très observateur. Encore autre chose ? »

« J’ai bien peur, Holmes, que vous vous adonniez à la spéculation financière. »

« Et cela, comment pouvez vous le dire, Watson ? »

« Vous avez ouvert le journal, regardé la page économique et eu une exclamation d’intérêt ».

« Ma foi, c’est très subtil de votre part, Watson. Une nouvelle déduction ? »

« Oui, Holmes. Vous avez mis votre manteau noir, et non votre robe de chambre. Cela prouve que vous attendez une visite importante d’un instant à l’autre. »

« Rien de plus ? »

« Je ne doute pas que je pourrais trouver d’autres éléments, Holmes, mais je ne vous donne que ces quelques la, afin de vous montrer qu’il y a d’autres personnes que vous dans le monde à pouvoir être aussi habiles.

«Mais certaines ne le peuvent pas», dit Holmes. «Je dois bien avouer que peu sont dans cette situation, mais j’ai bien peur que vous n’en fassiez partie, mon cher Watson. »

« Que voulez vous dire, Holmes ? »

« Eh bien, mon ami, j’ai le sentiment que vous déductions n’ont pas été aussi heureuses que ce que j’aurais souhaité. »

« Voulez vous dire que je me trompais ? »

« Oui, j’en ai peur. Reprenons tous les points dans l’ordre correct ; je ne me suis pas rasé car j’ai envoyé mon rasoir pour se faire aiguiser. Me voici en manteau pour un rendez vous matinal avec mon dentiste. Son nom est Barlow, et la lettre que vous voyez la me confirme le rendez vous. Dans le journal, la page à propos du cricket est juste à coté de l’économique, et je vérifiais si l’équipe de Surrey avait tenu face à celle de Kent. Mais continuez, Watson, continuez ! Mes tours sont vraiment très superficiels, et il n’y a aucun doute qu’un jour prochain vous saurez comment faire.

 

Cette histoire fut écrite par Conan Doyle à l’occasion de la création de la Queen’s Dolls’ House, en 1923. Le texte original est rédigé sur un livre de la taille d’un timbre, d’une écriture manuscrite.



disparaître pour apparaître

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23/10/2012

de la parole

 

 " Je cherche mon patois personnel, tout est là."

- Fred Griot -

 

Peux-tu?

Peux-tu me vendre l'air qui passe entre tes doigts

et fouette ton visage et même tes cheveux?

Peut-être pourrais-tu me vendre cinq pesos de vent,

ou mieux encore me vendre une tempête?

Tu me vendrais peut-être

la brise légère, la brise

(Oh, non, pas toute!) qui parcourt

dans ton jardin tant de corolles,

dans ton jardin pour les oiseaux,

dix pesos de brise légère?

 

Le vent tournoie et passe

dans un papillon.

Il n'est à personne,

à personne.

 

Et le ciel, peux-tu me le vendre?

Le ciel qui est bleu par moments

ou bien gris en d'autres instants

une parcelle de ton ciel

que tu as acheté crois-tu, avec les arbres

de ton jardin, comme on achète le toit avec la maison?

Oui, peux-tu me vendre un dollar

de ciel, deux kilomètres de ciel,

un bout, celui que tu pourras, de ton ciel?

 

Le ciel est dans les nuages.

Les nuages qui passent là-haut ne sont à personne, 

à personne.

 

- Nicolas Guillén -