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23/01/2011

l'art de créer des décors et de vêtir des corps...

L'expression savoureuse est de Christian, elle symbolise parfaitement une partie de ce à quoi j'oeuvre et qui me passionne aussi. Cinq jours d'immersion dans le monde de la déco et de la mode, cinq journées parisiennes bien remplies et puis je vous retrouve. Bon Dimanche à vous. Enjoy!

 

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- Dior - 2010 - photo piquée à James Bort -

 

 

 

" La beauté échappe aux modes passagères."

- Robert Doisneau -

 

 

 

 

22/01/2011

l'herbe tendre

 

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- photo Laurence G. -

 

podcast

- Adrienne Pauly - L'herbe tendre -

 

D'avoir vécu le cul
Dans l'herbe tendre
Et d'avoir su m'étendre
Quand j'étais amoureux
J'aurais vécu obscur
Et sans esclandre
En gardant le cœur tendre
Le long des jours heureux
Pour faire des vieux os
Faut y aller mollo
Pas abuser de rien pour aller loin
Pas se casser le cul
Savoir se fendre
De quelques baisers tendres
Sous un coin de ciel bleu
Pas se casser le cul
Savoir se fendre
De quelques baisers tendres
Sous un coin de ciel bleu.
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- Serge Gainsbourg -
.
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21/01/2011

du désir

Le désir est une denrée fragile et encore difficile d'accès pour une femme qui, blessée dans son intime, tente petit à petit de le retrouver. Le désir de sexe, le désir charnel, l'appel au large, l'annonciateur déclencheur provocateur du grand voyage, celui qui vous assaille, insoupçonnable, qui vous prend aux tripes, irréversible, celui qui vous percute de plein fouet, qui vous pousse dans vos contrées inexplorées, irrépressible; cette liberté d'être tout à soi, celui-là qui est identité et liberté, vivance.

Le plaisir m'a aussi longtemps été proscrit, trop associé sans doute à la honte; encore un des méfaits pernicieux et sordide d'une utilisation d'un corps de petite fille et de son affectif à des fins non avouables, pourtant il me fut récupérable en me défaisant doucement et par petits bouts de ces vieilles peaux coupables et culpabilisantes que j'avais endossées au fil des années; il reste pourtant fragile, lui aussi, agissant souvent comme le baromètre d'une vérité cruelle et assassine enfouie loin dans un trou de ma tête. Les retrouvailles profondes et intenses de mon plaisir entier qui fait fondre mon âme et emmène tout mon être dans les bras de l'extase a été la première récompense d'un parcours insondable d'une improbable guérison. D'ailleurs, au plus j'avance, au plus j'écris, au plus mon sexe s'ouvre et je m'ouvre à lui; l'écriture agissant comme décapeur chimique d'un poison trop longtemps pris en intraveineuse intra-familiale incontournable.

Le désir lui, est plus ardu à reprendre à réinvestir à ressentir, il ne peut être que spontané, il ne peut se fabriquer mentalement par des chemins de traverse et ne peut se nourrir de culpabilité; dans une construction mentale d'une carte du monde si on t'impose trop petite des choses éloignées ce que tu es en âge de comprendre et de gérer voire de digérer, on t'enlève cette liberté essentielle de laisser venir à toi et en toi tes sensations. C'est, à peine née qu'on te jette en prison. Un esclavage spirituel et corporel grave qui te blesse et t'arrache à toi-même longtemps voire, à vie. Pourtant, depuis peu, parfois, il me capte, m'étreint et me trouble au détour d'un mot, d'un regard, d'une rencontre, là encore l'écriture joue son rôle bienfaiteur d'ouverture, et après avoir été, pendant plus de vingt ans dans l'énorme besoin et l'étourdissante envie d'être désirée, je me retrouve enfin, mais à dose ténue, désirante, actrice de mon désir et dévorée par lui, quelle jouissance!

Comment pourrais-je alors cesser de coucher des mots gris sur le papier vierge, comment pourrais-je me refuser cette voie qui m'est donnée du bout des doigts, comment ne pas s'ouvrir entièrement à elle qui m'offre ainsi une existence réelle et engage tout mon être dans cette rédemption? Encore des vieux débris de culpabilité et des vieux fonds de honte qui traînent dans les limbes de mon cerveau et dont j'ai bien du mal encore à me défaire! "Ce qu'on essaye souvent et qu'on ne cesse de vouloir, on finit par réussir à l'obtenir"... est-ce que Sigmund  cette fois aurait dit vrai? C'est là mon désir le plus grand que celui d'être un être de désir doublé du plaisir de l'être, d'en prendre et d'en donner...

 

 

19/01/2011

la route de la soie

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Prolongée par bonheur encore une dizaine de jours, je reviens de l'expo "la route de la soie" qui a lieu à Lille au Tri Postal, l'ancien centre de tri transformé en lieu d'expositions d'art temporaires à peine à quinze minutes à pied de chez moi. Je partage avec vous à chaud mon voyage dans ce qui est considérée comme l'une des plus grandes collections au monde, première fois qu'une aussi large sélection de la Saatchi Gallery est montrée en France. Une soixantaine d'oeuvre sélectionnée parmi les oeuvres les plus évocatrices de la jeune création contemporaine. Chinois, Indiens, originaires du Moyen-Orient ( Liban, Iran, Irak), ils sont une trentaine, moyenne d'âge 30-40 ans dont on peut découvrir ainsi le travail et la démarche artistique ainsi que les messages qu'ils délivrent. Certaines oeuvres stupéfiantes, impressionnantes même, de part leur taille et leur mise en scène, d'autres bouleversantes , pour ma part en tout cas, et la plupart vraiment interpellantes.

Bouleversantes, comme ce tableau de Zhang Huan, "Young Mother":

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ou ces trois toiles pleines de finesse de l'irakienne Hayv Kahraman:

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Il y avait pas mal d'enfants qui déambulaient au milieu de ces oeuvres avec leur naturel et leurs réactions savoureuses, surtout devant justement, les plus spectaculaires comme cette pièce emplie de formes courbées en feuille d'aluminium, une installation impressionnante du Franco-Algérien Kader Attia, " Ghost " représentant une foule de musulmanes qui prient à genoux mais qui ne sont que des moulages de corps dont les 560 figures ne sont que coquille vide. L'artiste affirme qu'il ne s'agit pas là d'une lecture autour du voile mais " comment occuper autant de place avec du vide et du fragile, la poésie du dialogue impossible entre le vide et le plein, entre la vie et la mort." L'installation elle-même est éphémère; elle disparaîtra à la fin de l'exposition. Ce que les gamins ont résumé très bien, en courant d'un bout à l'autre de la pièce les uns après les autres: " ici, je regarde pas, c'est trop flippant!"

 

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Stupéfiantes ces oeuvres du pakistanais Huma Bhabha, faites de détournement de matériau, d'objet et qui deviennent d'un seul coup tout une symbolique:

 

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D'autres oeuvres parlent, elles plus spécifiquement encore de la condition des femmes.

Dans "Like Everyday Series" (2000-2001), les clichés couleur de la photographe iranienne Shadi Ghadirian montrent une figure féminine voilée dont le visage est masqué par un ustensile ménager - une râpe, un balai, un gant en caoutchouc ou une passoire.

C'est aussi de la vaisselle qui remplace la tête des "Tehran Prostitutes" (2008) de sa compatriote Shirin Fakhim. Adossées aux murs ou aux piliers du Tri postal, ces poupées de chiffon semblent attendre le client. En cuissardes, résille et latex, elles sont habillées comme des racoleuses occidentales, alors qu'en réalité, en Iran, les prostituées sont beaucoup plus couvertes et voilées. L'artiste dénonce ainsi l'hypocrisie d'un pays moralisateur où fleurit pourtant un marché du sexe, des milliers de femmes étant contraintes de vendre leurs charmes pour fuir la pauvreté ou une situation familiale intenable.

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Faîtes de bric et de broc , ces sortes de poupées grandeur nature sont vraiment touchantes et parlantes, elles ont une présence dérangeantes et tendres à la fois. Et juste derrière l'enfilade de portraits "revisités" est saisissante de vérité, des photos chocs qui en disent plus qu'un long discours et qui ainsi en nombre marque l'imaginaire et frappe la raison!

 

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Mais avec cette exposition étonnante, on est jamais au bout de nos surprises. A l'entrée déjà on est accueilli par une oeuvre monumentale de Zhang Huan encore; une tête curieusement arrêtée à la base du nez de 3 mètres de haut, confectionnée avec des cendres d'encens récupérées dans les temples boudhistes de Shangaï; la spiritualité étant l'une des sources d'inspiration de l'artiste, à tout point de vue pourrait-on dire, jusque dans l'art de dénicher du matériau artistique improbable mais au coeur même de sa démarche!

 

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Des artistes indiens aussi au détour d'une autre salle, on le sent tout de suite, pas la même sensibilité, pas la même approche, et pourtant des ponts entre toutes ces cultures et ces artistes, une tendance à prendre le temps de réfléchir sur le monde et d'y porter un regard, et à chacun leur manière pleine de vitalité de nous faire entrer dans leur paysage culturel, dans leur univers qui peut influencer l'idée que nous nous faisons d'eux, nous ouvrir l'esprit!

 

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Un incroyable voyage en nous-mêmes aussi... surtout avec cette installation sans doute la plus troublante et la plus dérangeante de l'exposition, de Sun Yan et Peng Yu, "Old persons home": 13 sculptures grandeur nature et 13 fauteuils roulants, 13 vieillards au chef chenu et à la barbe blanche au milieu desquels on déambule; ils ont été puissants et les voilà avec de pauvres corps les lâchant de partout, la gloire du monde qui passe. Moi, ça m'a fait un effet boeuf, pour d'autres raisons profondes, elles aussi, mais d'une autre nature!

 

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Les enfants à nouveau, fébriles, bruyants, posant dix questions à la minute, criant et soupirant et en même temps plein de bon sens et de compréhension du monde dans des petites phrases entre eux, donnant d'un coup plein d'espoir et de vie à cette exposition déjà fort riche et fort chargée de messages en tout genre. J'avoue avoir aimé leur présence sous ses corps pendus par les pieds, comme des corps qu'on prépare pour l'abattoir, une oeuvre interpellante, chinoise elle aussi, voulant dénoncer les conditions de travail des ouvriers traités comme du bétail et sans doute aussi cette non valeur qu'a l'humain dans cette société. Nés pour la plupart à la fin du règne de Mao, les artistes chinois de la nouvelle génération ont connu tout à tout les tragédies de la révolution culturelle et l'effritement du dogme collectiviste, les espoirs et les désenchantements du Printemps de Pékin, le passage à l'économie de marché, et, plus récemment, à l'embellie et l'emballement économique et financier de la Chine, ce qui donne un contexte suffisamment paradoxal pour déclencher des sources d'inspiration à multiples résonances.

 

 

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Voilà de quoi nourrir nos questionnements puissants sur notre monde contemporain, sur ses mécanismes, sur les rapports humains. Un voyage qui ne m'a pas laissée indifférente, bien au contraire et que j'essaie de partager avec vous pour ceux qui ne pourront pas voir l'ensemble de ces oeuvres. Cela fait un bail, pour ma part, qu'une exposition d'oeuvres contemporaines ne m'avait fait un tel effet, on passe par beaucoup de sentiments de toute sorte et d'émotions diverses, on en garde quelque chose en soi, on avance, je ne sais pas de quoi, ni d'où, ni même pourquoi, mais le fait d'être interpellé de la sorte ouvre des possibles...

 

18/01/2011

du plaisir

 

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" Seul le battement à l'unisson du sexe et du coeur peut créer l'extase."

- Anaïs Nin -

 

de la critique, de l'écriture, de l'art...

"Je n’ai rien à gagner à faire la critique de mes collègues écrivains. Rien.

Si je dis du bien du livre d’un auteur québécois, il sera content, évidemment, mais puisque son livre est bon, je n’aurai fait que mon devoir, c’était la moindre des choses. Si j’en dis du mal, je suis un chiant, un incompétent, un pas fin, un jaloux...

Une mauvaise critique ne s’oublie pas. Croyez-moi.

Les jurys pour les prix littéraires et pour les bourses des Conseils des arts canadiens et québécois sont constitués d’auteurs dont j’aurai peut-être un jour critiqué l’ouvrage; à choisir entre ma candidature et celle d’un autre qui ne lui a jamais démontré qu’une franche admiration de façade, eh ben...

La «prudence» critique est source de revenus.

Je connais des auteurs qui affirment ne pas lire les livres de leurs collègues; ça leur évite d’avoir des opinions sur le sujet. D’autres lisent mais n’expriment publiquement que leurs louanges, réservant leurs critiques à la sphère privée.

Il en est des écrivains comme de toutes les professions, le civisme réclame une camaraderie de surface, un enthousiasme louangeur et une sorte d’esprit de corps dont la somptueuse banalité s’exprime sans retenue lors d’événements comme le Salon du livre de Montréal, où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil puisque tout le monde il lit, et tout le monde il écrit.

Rien de cela n’est vrai. Il existe des clans, des détestations, des mépris si féroces qu’ils font trousser les dents. Des jalousies, bien sûr (tenez, moi, je suis profondément jaloux d’India Desjardins et de son bonheur d’écrire). Il y a de grandes amitiés, aussi, et de sincères admirations.

 

L’EXIGENCE

 

Mais la portée de l’admiration est limitée par l’absence de discours critique. S’il n’existe que des louanges, les louanges ne veulent plus rien dire. La surenchère de l’admiration mutuelle et le copinage prudent préservent peut-être l’ego fragile de l’auteur, mais je crois que c’est la littérature qui perd au change.

Il faut un discours critique pour qu’on puisse s’améliorer. Notre littérature est jeune et exubérante. Elle prolifère, elle pousse dans tous les sens, même en période de crise économique. C’est une chose de s’extasier sur le phénomène. C’en est une autre de distribuer à droite et gauche des trois étoiles et demie pour des romans qui ne seront plus en librairie trois mois après leur parution, victimes de leur propre laisser-aller ou d’une certaine paresse conceptuelle.

Il se publie beaucoup plus de romans maintenant que jamais, au Québec. C’est un signe de santé de l’industrie.

Mais l’industrie n’est pas la littérature. Ces sont les romans qui durent, ceux qui sont encore lus deux ans, cinq ans, dix ans, vingt ans après leur parution, qui sont les signes d’une littérature en santé.

Entre les romans qui disparaissent et ceux qui durent, entre les livres prêts à jeter et les briques avec lesquelles s’édifient une culture, une grande différence: l’exigence.

L’exigence d’une pensée précise, d’une psychologie de personnage fine et capable d’évoquer la complexité des êtres. Une exigence de la langue, de la construction romanesque. Une exigence de la phrase, du rythme, de la musique. Une exigence du récit qui refuse les clichés. Une exigence envers le lecteur qu’on ne veut pas con mais complice. Une exigence de l’ambition, aussi.

C’est tellement difficile d’écrire qu’on ne parvient jamais à atteindre vraiment ses objectifs. Or, si on souhaite d’entrer de jeu faire un «p 'tit livre», il y a bien des chances qu’on accouche d’un avorton.

Il faut voir grand, et se hisser à la hauteur requise à la force des poignets.

La critique est un dialogue entre le lecteur et l’auteur. La critique nous dit quels sont les effets sur le lecteur de nos mots et de nos phrases agencés en récit. Ça vaut la peine de l’écouter, comme l’ébéniste écoute le client qui lui a acheté un meuble : «Ah ben, comme ça le deuxième tiroir de la commode coulisse mal?»

L’ébéniste ne répondra pas: «Pff, maudit jaloux, tu comprends rien à mon art!»

C’est la grâce que je nous souhaite: une critique précise, articulée, nous permettant à nous, auteurs québécois, d’améliorer nos livres, de maîtriser encore mieux nos outils narratifs. Et c’est à cette tâche que je me consacrerai ici, semaine après semaine, en me consacrant dorénavant beaucoup plus aux livres québécois.

Comme l’ébéniste, l’auteur tue des arbres. Que ça vaille la peine, dirait Idéfix."

 

- Jean Barbe - Parler des nôtres -