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26/10/2014

De l'imagination

« Tout le bonheur des hommes est dans l’imagination. » Cette phrase du marquis de Sade, ce matin, croisée au hasard de lectures variées, m’a interpellée. L’imagination, l’art de donner vie à ce qui n’existe pas, à ce qu’on désire voir se produire, peut-être, pas forcément, pas toujours, manifestation du visible à partir de l’invisible, moteur de l’inconscient,  en elle se façonnent nos rêves, nos plans, nos projets, nos délires, nos fantasmes, matière sans limite, sans entrave, tout y est possible. Notre imagination s’alimente de notre vie et notre vie se nourrit de notre imagination. On peut s’étonner parfois des chemins qu’elle emprunte, elle peut être noire, cruelle, légère, jouissive, esthétique, excentrique… Elle a se pouvoir de voir ce qu’on ne pourrait voir autrement. « Les yeux de l’esprit ne commencent à être perçants que quand ceux du corps commencent à baisser », nous a dit Platon. Peut-on penser vivre sans imaginer ?

 

20/10/2014

23:59

Je viens de voir un sujet sur Winston Churchill à la télé. Il m’éclate, grave, cet homme me donne l’envie d’aller jusqu’au bout de mes idées. Chanel, me fait le même effet. Et George Sand, et Rothko, Rainer Maria Rilke, Hemingway, Mistral, Virginia, Camille, Simone, Véronique, Oscar… Comment savoir que ces idées que je pense miennes sont bonnes si je ne vais pas au bout et si je ne les mets pas en forme, en mots, en tout ?

 

14/10/2014

Un Dimanche pas comme les autres

Je voulais voir cette expo de Niki de Saint Phalle. Son jardin des Tarots m’avait fortement marquée lors de notre voyage en Italie et puis, j’ai toujours aimé ses  grosses grandes dames bariolées. Je voulais en savoir plus sur elle, plus sur son parcours, sa personnalité. J’ai pris des billets coupe file pour son expo au Grand Palais. Il faisait un temps pourri à Paris ce Dimanche, comme d’habitude je n’avais pas de parapluie, je ne sais pas pourquoi je n’aime pas les parapluies… Le matin j’étais d’une humeur mélancolique voire cafardeuse. Je me suis demandée même si j’allais avoir la force de me bouger. C’est étrange comme un état d’âme peut d’un seul coup vous faire perdre toute énergie et peut vous scotcher au lit. Mais j’avais les billets, ça m’a remuée.

Il y avait du monde, beaucoup de monde, toute sorte de monde. Des jeunes, des vieux, des enfants, des italiens, des asiatiques, des beaux, des laids, des prévenants, des bavards, des qui savent toujours tout, tout le temps, et qui ne manquent pas de le faire savoir, des curieux, des amoureux, des originaux, beaucoup de femmes, énormément de femmes, un nombre incroyable de femmes, toutes intriguées, intéressées, influencées et attirées par la vie de Niki, et par ces propos projetés sur des écrans géants : « Je suis Niki de Saint Phalle, je fais une œuvre monumentale ! »

« Il est difficile de décrire un mythe (…). Asphasie et Lucrèce. Pandore et Athénée, la femme est à la fois Eve et la Vierge Marie. Elle est une idole, une servante, la source de la vie, une puissance des ténèbres (…) Elle est la guérisseuse et la sorcière ; elle est la proie de l’homme, elle est sa perte (…) sa négation et sa raison d’être. « - Simone de Beauvoir -

En sortant de l’expo qui m’a évidemment pas mal remuée, j’en reparlerai, j’ai en tête de voir le film de Xavier Dolan, «  Mommy «. C’était peut-être un peu beaucoup pour une même journée, mais je me sentais d’attaque, Niki m’avait remis le pied à l’étrier, je sentais l’énergie se renflouer en moi et j’avais les neurones aux abois. Trempée en sortant du métro, la queue au cinéma était dense là aussi. Beaucoup de monde, mais plus d’hommes que de femmes cette fois-ci. La salle obscure était pleine et le silence intense.

Les premières émotions jaillirent assez vite, le joual a pour lui qu’il y invite.  « Mommy », fut un choc, un choc émotionnel, c’est un film remuant, étonnant, immensément humain, dur et tendre à la fois, « bigger than life », tout à tout terre à terre et parcouru de superbes envolées lyriques et oniriques, espiègle, jouissif, cruel aussi, la libido est y omniprésente. Anne Dorval et Suzanne Clément sont stupéfiantes. Et le jeune Antoine- Olivier Pilon crève l’écran ! C’est un film entier à prendre ou à laisser. J’ai pris et été prise, je suis encore sous emprise.

J’aime ça les journées pas comme les autres, celles qui vous remuent, celles qui vous provoquent, celle qui vous font avancer… On en sort pas indemne, pas tout à fait la même. Et c'est tant mieux. Chouette Dimanche !

 

 

07/10/2014

Toujours s'émerveiller

On ne devrait jamais ressentir d’ennui, d’incapacité, on ne devrait pas ressentir de néant. Nous sommes vivants. Alors si on s’endort dans un conformisme tranquille il suffit d’ouvrir un livre, comme celui que conseille Anaïs Nin: L'amant de Lady Chatterley, et on se sent vibrer et on met loin de soi l’ennui et la monotonie. Les moulins de mon cœur peut changer une vie, L’origine du monde aussi, chacune des  toiles de Françis Bacon, chaque poème d’Eluard, «  Même sommeil, même réveil, nous partageons nos rêves et notre soleil », Les lettres à un jeune poète, Kafka, Chet Baker, Debussy, les films de Kurosawa, Les tontons flingueurs, Dalida, « Que n’ai-je un pinceau/ qui puisse peindre les fleurs du prunier / avec leur parfum ! », Barbara, chacune de ces petites choses mises bout à bout qui nous façonnent, nous ouvrent, nous polissent, permettent à notre sensibilité de s’épanouir. Un champ de fleurs, un coucher de soleil face à l’océan Atlantique, un pétale de rose, un parfum subtil, une attention, un mot doux, un geste fin, une délicatesse, un grain de beauté, une caresse. Toujours s’émerveiller. Toujours s'émerveiller...

 

05/10/2014

Essayons, murmure le Coeur...

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02/10/2014

Écriture

J’ai voulu t’écrire ce soir, j’ai le cafard.

J’ai repensé au passé, ça ne me fait pas du bien. Tu sais, je crois qu’il faut savoir oublier, sublimer, transformer… Ce fameux plomb qui peut devenir de l’or. Je devrais. J’essaie.

Je sais, je sais, il y a pire, il y a plus malheureux, il y a des choses tellement plus graves et tellement plus… Tu as raison. Mais, vois-tu, ça me dépasse. Dans ces moments là, autour n’existe plus, autour n’existe pas, autour n’a jamais existé. C’est un grand moment de solitude. Et je t’écris. Et j’écris.

Je pense que je t’écris parce que c’est plus simple et plus humain de penser écrire pour quelqu’un, ça donne une sorte d’importance, on a l’impression qu’en se disant, possible qu’un autre alors se dise, et ça pourrait être toi, voilà pourquoi je te tutoie.

C’est étrange, déjà, je vais mieux, rien qu’en agissant, en écrivant, en faisant en sorte de mettre des mots sur ce que je ressens, puissance des mots.

Crois-tu qu’on puisse tout résoudre en soi ainsi, par cette voie, par cette magie ?

Je caresse mon clavier comme on caresse une peau aimée et j’en ressens l’apaisement.

Je t’ai écris, un peu, beaucoup, passionnément, jamais pas du tout. J’ai bien fait. De t’écrire, ou de penser le faire, m’a sortie de l’ornière. 

Un moment de cafard peut se dissoudre dans les mots. Les mots ne sont pas éphémères.

Mon clavier est tout chaud.

  

 

25/09/2014

Vivre Penser Regarder

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Il y a quelque chose de touchant dans sa manière d’écrire, de parler de son père, de la relation au père, de ses sœurs, du miroir, de la relation au miroir, du cinéma, du pourquoi nous choisissons tel vêtement plutôt que tel autre pour s’habiller : « J’aime les vêtements qui ont quelque chose de masculin sans me faire ressembler à un homme. J’aime les chaussures avec lesquelles je peux bouger, danser, et même courir si nécessaire. Talons aiguilles, plateformes, brides compliquées aux allures d’entraves, ce n’est pas «  moi ». J’aime les vêtements qui servent et accentuent ma dignité, sans pour autant qu’ils soient sobres et sérieux au point de me donner l’air de manquer d’humour. Voilà ce que je souhaite exprimer quand je m’habille. Honnêtement, j’ignore si je réussis ou non dans cette entreprise. Je ne me vois pas assez souvent. Avant de sortir de chez moi pour me rendre à une soirée, je jette un coup d’œil à mon image dans le miroir et puis je m’en vais, bienheureusement inconsciente de ce dont j’ai l’air quand je vis ma vie. » Siri Hustvedt, dans son livre Vivre Penser Regarder dit en préface, tout livre est pour quelqu’un. Je me retrouve profondément dans le sien.

 

 

17/09/2014

Plus je vieillis...

 

" Plus je vieillis , et plus je trouve qu'on ne peut vivre qu'avec les êtres qui vous libèrent , qui vous aiment d'une affection aussi légère à porter que forte à éprouver."



- Lettre d'Albert Camus à René Char -

 

 

13/09/2014

Une heure avec Arturo Bandini

Hier matin j’ai du prendre le train, une fois encore, pour Paris. C’est la deuxième fois depuis la rentrée que je tombe sur les nouveaux TGV à deux étages et c’est la deuxième fois que je me retrouve à l’étage du haut, on ne voit pas le paysage défiler de la même manière et quand on croise un autre train, on le dépasse d’une tête, tout semble différent. Je suis presque seule dans le compartiment. Je lis. J’extrapole, j’entre dans un monde, j’imagine ce que ferait Arturo Bandini s’il était assis devant moi. Me ferait-il un sourire, un regard de merlan frit, serait-il brutal ou doux ou les deux à la fois? Je le vois me tendre un Le petit chien qui riait, et me demander à qui il peut le dédicacer. Je lui dis : «  A Blue ! » et j’entends alors un «  Pourquoi Blue ? » avec un étrange ton dans la voix mi figue-mi raisin. Je continue ma lecture. L’écriture de Fante est saisissante, elle ne vous lâche plus. J’imagine alors une nuit avec Bandini, dans son petit lit au dessus des oranges qui pourrissent. J’esquisse un sourire à mon tour. Comment a été sa mère, son père, quel enfant avait-il pu être, quel adolescent torturé, quels méfaits avaient-ils commis avant ses « je vous salue Marie », quel amant était-il ? Un grand noir vient s’asseoir d’un seul  coup devant moi. Il est bel homme. Mon regard part vers le ciel bleu divin, le train continue à avancer et l’heure tourne.  « Des jours sans, des ciels bleus sans jamais un nuage, un océan de bleu jour après jour, et le soleil qui flotte dedans. Des jours d’abondance aussi, avec plein de soucis, plein d’oranges. On les mange au lit, on les mange au déjeuner, on se force à les avaler au souper. 5 cents la douzaine, les oranges. Soleil dans le ciel, soleil dans l’estomac- en jus. » Bandini ne me quitte plus, il semble avoir atteint son but, il a aspiré ma raison et je suis emplie de sa vie. J’ai le sentiment de sentir son odeur, sa sueur, son désoeuvrement, sa passion, sa rage de vivre. Une bouffée de tendresse pour lui m’envahit. J’arrive à la page 73 et le train s’arrête. Je suis à Paris.

 

 

07/09/2014

Naître

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- Photo Tania Thune-Larsen -

 

" Nous naissons, pour ainsi dire, provisoirement, quelque part ; c'est peu à peu que nous composons en nous le lieu de notre origine, pour y naître après coup, et chaque jour plus définitivement. "
 
- Rainer Maria Rilke -
 
 
 
 
 

06/09/2014

Ainsi soit-il...

J’ai en moi ces images du Maroc, elles sont ancrées. Pas que des images d’ailleurs des sensations, des ressentis… Je reviens dans ma vie à la vie et je me rends compte que c’est étrange. J’ai œuvré pour exister toute ma vie, j’ai lutté, j’ai bousculé, j’ai fait des dégâts, ça pour les dégâts … Mais j’ai persisté. Et, c’est là que je veux poser ma tente, parce que c’est suffisamment ailleurs pour moi et que j’ai besoin de cette distance pour être moi. Je le regrette. J’aurais aimé pouvoir être entre mes murs, mais mes murs sont trop enduits d’hypocrisie, de non-dits, de perversités. Mais je ne suis pas certaine que l’ailleurs qui me fascine et m’interpelle puisse répondre à ma quête… C’est mon chemin… Je veux écrire ce que je ressens, qu’importe le pourquoi du comment !

 

31/08/2014

Traversée marocaine -3-

Comme le temps passe vite, trop vite, comme le Maroc est déjà loin, repris par une vie lilloise trop active et bientôt la braderie ! Essaouira, Taroudant, Mirfelt, Tiznit, Sidi-Ifni, les plages océaniques à perte de vue, le désert, les souks truculents et odorants, le silence d’une campagne infinie, le goût du pain trempé dans des plats parfumés, le sucré du jus d’orange frais qu’on s’offre à chaque petite coin de rue, le brillant des poissons à la sortie des bateaux de pêche, l’élégance et le chatoiement des tissus dans lesquels s’enroulent les berbères, la puissance de la grande mosquée de Casablanca, l'esthétique médina d'Asilah…

Tout cela s’éloigne tout en restant quelque part comme un baume au creux de ma cervelle. J’ai quelques images fortes, en plus des magnifiques levers et couchers de soleil, pourtant qui subsistent plus que d’autres, celle par exemple de ces femmes sur les plages qui se baignent habillées des pieds à la tête. J’avais alors le sentiment d’être une intruse au milieu à l’inverse de tous ces hommes à moitié nus, pas évident d’accepter ce déséquilibre quand on est une femme qui aspire à sa liberté d’être…

Et puis il y a eu «  Le Pain Nu », le livre de Mohamed Choukri qui m’a bouleversée durant mon voyage. Un texte cru, nu vérité d’un vécu, audacieux et percutant, qui ne peut laisser indifférent , qui bouleverse, qui secoue et montre des facettes de la vie au Maroc qu’on ne perçoit pas, qu’on imagine pas tant c’est cruel et inhumain. Aucun endroit au monde n’empêche la violence et l’envie d’en découdre. Choukri a une histoire qui dépasse l’entendement, elle apparaît d’autant plus puissante qu’il n’a appris à lire et à écrire qu’à vingt ans. Je me demande comment il a pu ainsi mettre des mots avec autant de lucidité et de force alors qu’il n’y avait pas accès enfant…

Certains livres, certaines expériences, certains voyages nous changent. C’est presque imperceptible, le changement n’est pas fondamental mais il s’opère et distille ses signaux un peu partout en nous. Notre mémoire organise autrement son classement et vient donner un autre éclairage à nos acquis. Déjà envie de repartir m'ouvrir et m'enrichir : d'autres contrées, d'autres façon de vivre, d'autres façon de penser et de se raconter...

 " Mon frère était devenu un ange. Et moi ? deviendrais-je un diable ? C'est sûr, pas de doute. Les enfants, quand il meurent, se transforment en anges, et les adultes en diables. Mais il est trop tard pour moi espérer être un ange." - Mohamed Choukri -

 

13/06/2014

Nue

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- Alex Kanevsky -

 

Je suis partie quelques jours sous le soleil du midi, à Fréjus, ça sentait bon le pin et la lumière. Il fallait remettre d’aplomb le jardin du mobilhome de famille qui avait pendant une absence de plus de huit mois un tantinet pris des libertés et manqué d’arrosage. Dans le Domaine du Pin de La Lègue, c’est le nom de l’endroit où pendant près de cinquante ans mes beaux-parents ont passé leurs vacances, on vit en communion directe avec la nature. Une sorte de vie à la Robinson Crusoé améliorée. On passe le plus clair de son temps dehors pour tout : la cuisine, la toilette, les repas, les courses, la sieste, la lecture, l’apéro, l’écriture, la conversation, le jardinage, la rêverie, il n’y a que la nuit qu’on entre à l’intérieur de la caravane pour se mettre dans un grand lit. Chaque fois que j’y ai passé quelques jours en tout petit comité, j’ai remarqué à quel point c’était bon de pouvoir être nue. Comme la douche est extérieure et qu’on est à l’abri des regards, protégé par une végétation généreuse, et que je sais que je suis plutôt seule, j’aime avoir ce contact avec l’air dans le plus simple appareil. Je ne saurais dire pourquoi ça me fait cet effet là, mais la sensation de bien-être est intense. Il fait soleil, chaud, une petite brise caresse ma peau, l’eau participe à cet étonnant moment de symbiose, je me sens débarrassée de tout, à l’état sauvage, tout me semble possible, tout me semble simple, tout me semble superflu sauf cette sensation intense d’existence.

J’ai été élevée dans la peur du corps. Ce n’était pas de la pudeur, c’était plutôt une grande méfiance, comme s’il y avait danger (et il y avait danger). La sensation de sa nudité était interdite, alors progressivement on oublie qu’elle existe, et on oublie d’en profiter… Chaque fois que je retrouve cette sensation, la peau en émoi, j’aime ça et je mesure le chemin parcouru. Je me sens libre, je me sens prête, je me sens humaine.

Je suis émue, nue.

 

 

17/05/2014

Escapade marocaine -2 -

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« J'habite la demeure du possible. Elle a plus de portes et de fenêtres que la demeure de la raison. »

- Emily Dickinson -

 

 

 

Rencontre

 

« Nous méritons toutes nos rencontres. Elles sont attachées à notre destinée et ont une signification qu'il nous appartient de déchiffrer. »


- François Mauriac -

 

 

28/04/2014

Angoisse

Je n’aime pas me sentir ainsi. Démunie. Je n’aime pas me sentir ainsi désarmée, vulnérable, apeurée. Pourtant, je le suis. Après une nuit d’angoisses sourdes sans visage et sans sens, je me suis levée nouée, la peur au ventre. Impossible de mettre des mots sur cette peur envahissante et profonde, impossible de comprendre pourquoi elle se réveille et pourquoi elle me donne envie d’hurler et de fuir. Je suis coincée. Je me sens prisonnière. Acculée. Inhibée. Impossible de décider, d’agir, de remuer. Pourtant, je sais avoir sans doute en moi quelque part la solution, le moyen d’en découdre, le moyen de la tenir à distance à défaut de la résoudre.

Avant-hier, une de mes amies me présente sa fille revenue de six mois d’absence :" tu te rends compte elle va avoir vingt ans, demain ! On aimerait avoir vingt ans avec ce qu’on sait maintenant, n’est ce pas ?"

Non, je n’aimerais pas ça. C’est bon aussi de ne pas trop en savoir. C’est bon de penser qu’on a devant soi l’espoir. C’est bon de penser que la peur est passagère, qu’on a toute la vie devant soi. Chaque chose en son temps.

En attendant, ça me fait mal en dedans, et je me sens coupable de je ne sais quoi et j’ai beau tenter de me raisonner et de relire, revoir, repenser, je suis pétrie de frayeur à l’idée de mourir sans avoir pu accomplir ce pourquoi je me suis battue, ce pourquoi j’ai tant souffert, cette vérité si compliquée et cette vie qu’il m’a fallu mener pour l’appréhender et l’accepter.

J’ai encore bien du chemin vers la sérénité…

 

 

21/04/2014

Grand ménage

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- Kimono et photo Serge Mouangue -

 

Ce week-end de Pâques, j’ai entrepris un grand rangement d’une petite pièce jouxtant la chambre des enfants où s’entassent le linge propre et le linge sale, les draps, les serviettes de bains, da plage, de table, une caisse de chaussettes dépareillées et tout un fatras de vêtements divers en attente de repassage. Le départ de mon fils aîné qui s’est installé avec sa douce a libéré sa chambre alors j’ai pu dans un grand élan tout passer d’une pièce à l’autre pour faire un grand tri… Il faut dire que ça fait au moins cinq ans que je n’avais pas mis les pieds à fond dans cette pièce, les enfants sont grands maintenant et chacun fait lui même sa petite lessive, quant à moi, j’y faisais un passage éclair une fois par semaine pour le linge de maison et mes effets personnels sans jamais trop m'y attarder. J’ai fait alors des découvertes au milieu des piles s’accumulant de tissus froissés :

Un kimono en soie rebrodé que m’avait offert un vieil ami architecte il y a une vingtaine d’années, j’en avais complètement oublié la couleur. A sa vue j’ai été très émue, je me suis souvenue des longues discussions poétiques que nous avions autour d’un thé vert, je me suis souvenue de ce disque d'Erik Satie qu’il passait en boucle et puis de son parfum si subtil; c’était et c’est toujours un homme sensible mais je l’ai perdu de vue … Il faudrait peut-être que je me mette en quête de savoir ce qu’il est devenu, je pourrais lui envoyer une photo du kimono qui est toujours aussi étonnant de beauté et de raffinement.

Une paire de petits chaussons rayés bleu et blanc bien usagée, elle avait appartenu à mon cadet qui n’avait jamais voulu à l’époque les jeter. Il tenait beaucoup à ses petites affaires. Il était très soigneux. Quand je vois maintenant le chambard dans sa chambre, je me dis que les temps ont changé !

Et enfoui en dessous d’une montagne de torchons, un petit carnet noir. Que pouvait donc bien faire mon petit carnet noir au milieu de tout ça. Et pourquoi n’avais-je jamais cherché à savoir où et pourquoi ce petit carnet noir avait disparu de mon espace ? Et qui avait placé ce petit carnet noir à cet endroit improbable ? Tout en me posant ces questions, j’ai ouvert le carnet noirci de citations. Et j’ai lu, en souriant ce que j’y avais inscrit, ce qui à l’époque me remuait, m’interpellait, me donnait à penser. Pas de date, impossible de me souvenir quel âge avait ce carnet. " Les nuits passées avec toi sont ces fragments de liège qui me soutiennent à la surface de la vie ", " Quand j’aime, mon sentiment est une inondation qui s’épanche tout à l’entour ", " Chacun de nous a sa lutte à soutenir contre son éparpillement particulier "  et celle-là, que j'ai soulignée : " Vivre signifie être conscient, joyeusement jusqu’à l’ébriété ". Je crois bien être restée deux bonnes heures à relire et sourire et ressentir. J’ai été surprise de voir à quel point tout ce que j’avais noté et recueilli dans ce carnet, avec bien sûr le nom de chacun des auteurs - Montherlant, Flaubert, Sachs, Henri Miller - avait sur moi toujours le même effet. Je n’avais donc pas tant changé... Mais diable que faisait cet objet dans cet endroit alors qu’il n’aurait jamais dû me quitter et comment avais-je pu vivre sans pendant toutes ces années ?

J’ai cessé d’y penser, j’ai continué à ranger, à plier, à laver, à repasser, à remuer, à étendre, les mains occupées, le corps à l’ouvrage mais l’esprit en remue-méninges. Me revenaient en mémoire tous ces livres que j’avais lus et qui avaient fait mon bonheur, touts ces mots qui ont dansé et dansent et toutes ces émotions intenses à leur découverte. C’est bon de faire des grands ménages de printemps !

 

17/04/2014

Amoureuse de l'amour même

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- Josefine Clemens -

 

"Dans l'amour, sans doute, toutes les femmes ont de beaux yeux. Mais celle-ci, l'amour la jette dans le désordre de l'âme (choix volontairement stendhalien du terme) un peu plus avant que les autres femmes. Parce qu'elle est davantage que les autres femmes "amoureuse de l'amour même".

- Marguerite Duras -

 

 

16/04/2014

Outremer

Drôle de journée difficile. La ville était vide. Pas de bruit. Pas de passage dans la rue. Rien qu’une belle lumière crue et un vent frais. C’est compliqué parfois le temps qui semble s’arrêter et qui pourtant en même temps s’écoule. J’ai passé ma journée à attendre. Attendre. Dans mon métier c’est stupéfiant ce temps d’attente. Des heures entières. Et puis d’un seul coup il faut être tout à fait là à peut-être l’unique personne qui a besoin de vous. Elle est entrée quelques minutes avant la fermeture.

-       Je peux jeter un œil ?

-       Oui, et si je peux vous être utile…

-       Je n’ai pas le moral !

-       Je vous laisse regarder, je suis tout près…

Elle est restée un moment à laisser sa main caresser les vêtements. Et finalement a voulu passer un petit pull bleu outremer avec un charmant sautoir fin de fil d’argent et de perles en pâte de verre assorties au bleu de la fine maille dans laquelle soudainement elle semblait revivre. Elle a retrouvé alors le sourire et moi, le sens de ma présence dans la boutique. J'ai pensé à Aristote, l'étonnement de ce que les choses sont ce qu'elles sont, qu'il attribue au commencement de toutes les sciences alors qu'il est aussi, cet étonnement, le commencement de toutes les relations. Pas une journée sans que je m'étonne, même dans celle-ci qui me semblait si morne...

 

13/04/2014

Marguerite

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" Ecrire c'est tenter de savoir ce qu'on écrirait si on écrivait. "

- Marguerite Duras -

 

En lisant ce matin le Hors-Série du Télérama sur Duras - c'est tellement plus que rare que j'aille chez le marchand de journaux mais hier Pat m'a demandé d'aller lui prendre le Nouvel Obs, alors mon regard a bifurqué et je suis sortie avec le nouvel Obs demandé, ce Hors-Série ainsi qu'une découverte pour moi, Psycho et Cerveau, une revue à laquelle je m'abonnerais bien avant de m'y abandonner et ce supplément d'âme... Hé,hé.

Je ne suis pas loin, j'ai été accaparée par ces choses essentielles de la vie : la famille, le travail, la fabrique du quotidien... toutes ces choses qui éloignent de l'écriture mais qui en même temps en font le ferment. Et ce matin, en écossant mes petits pois et en équeutant mes haricots verts, tout en surveillant le poulet dans le four, j'ai lu ce hors-série, et je me suis délectée de la vie et de l'avis de Marguerite et de ses idées et de sa manière de les faire passer et j'ai aimé, tant aimé.

Alors j'ai décidé de reprendre mon flambeau, j'ai décidé de continuer à écrire, dire et partager. " Il y a des lieux dans ma mémoire qui déchaînent des passions très fortes " nous dit Duras, nul lieu n'en déchaine chez moi plus que celui-ci.

Je vais m'écrire ici, une fois encore, une fois de plus, une fois pour tous. Parce que j'en ai besoin. C'est l'enjeu de ce lieu, c'est mon dessein.