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05/01/2012

Brève sémiologie du vêtement

Jalel El Gharbi offre à notre réflexion aujourd'hui ce texte sur la communication au travers du vêtement et plus spécialement du niquab:

 

" Le propre du vêtement n'est pas de couvrir la nudité, mais de la sublimer. Les parties du corps ne sont plus que leur galbe ou des formes géométriques. Réduire le vêtement à un voile, c'est réduire e corps à ses parties honteuses. Un vêtement n'est pas un cache-sexe, encore qu'il existe de beaux ous-vêtments. le propre du vêtement est d'être doté d'un coefficient beauté, d'être une touche personelle, de cacher mais également de laisser voir. le vêtment est métaphorique: corolle comme pour une fleur, plis comme pour une rose. Il laisse voir un mollet, un bras, la naissance d'une poitrine qu'il donne pour un tout. la mini-jupe couvre plus que le voile. la mini-jupe suggère que les jambes se prolongent indéfiniment, le niquab laisse voir une nudité couverte. En cela, je trouve que rien n'est plus impudique que le niquab."

 

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Le niquab me paraît une abérration et j'ai du mal à comprendre qu'on puisse imposer cela aux femmes. D'autant qu'il est parfaitement à l'opposé de ce que préconise à longueur de journée au travers du métier que j'exerce. Celles qui décident d'elles-mêmes de se protéger du monde ainsi sont pour moi une sorte d'énigme. Tout comme Jalel le dit au début de son texte, je pense le vêtement comme outil de sublimation mais pas uniquement. Le vêtement est pour moi un moyen d'exprimer sa personnalité, un moyen d'entrer en contact avec le monde. Il protège bien sûr, du froid, de la pluie, du soleil, dans son aspect le plus pragmatique, mais au-delà de cela il permet à chaque individu de créer son style et de donner à voir une partie de ce qu'il est, de suggérer, de séduire aussi. Le niquab me fait peur. Je ne sais si c'est l'impudeur qu'il inspire qui me met mal à l'aise ou si c'est la négation par le corps de ce que peut-être un individu dans toute sa splendeur et son unicité, en l'occurence, là, une femme! Il me semble être une invention rétrograde, anhilante et sans humanité. Pour moi, il est l'anti-thèse totale de ce que peut être un vêtement, il empêche d'exister.

 

 

01/01/2012

réflexions autour de l'art de bloguer

  

Pourquoi je blogue, pourquoi tu blogues, pourquoi nous bloguons? Qu'est-ce que ce média et cette possibilité de s'exprimer qui s'offre à nous nous apporte? En quoi est-ce fascinant, enrichissant, perturbant, révélateur, accaparant? Pourrions nous ne pas bloguer? Que trouve-t-on dans cette relation particulière au monde?

 

 

15/12/2011

je voudrais pas crever

Pour les trente-quatre moi de Vincent, pour la belle Swan et puis pour nous tous...

 

 

 

 

06/12/2011

petite pause de quelques jours histoire de ressourcer la bête...

photographie,pause,blog,ressource,poésie,partage,humain

- Photo Neil Craver -

 

 

03/11/2011

Introspection

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- Photos Laurence Guez -

 

 

 "Aller sur la lune, ce n'est pas si loin. Le voyage le plus lointain, c'est à l'intérieur de soi-même."

- Anaïs Nin -

 

 

06/10/2011

J+365

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- Black Angel and Blue, Parc La Fontaine, Montréal , Octobre 2010 -

 

C'était il y a un an. Je traverse avec Christian le parc La Fontaine pour rejoindre l'Absynthe où une soirée mémorable est prévue pour la sortie des Corpuscules de notre amie commune Sandra. Y seront présents tous les tribaux ou presque, tous ceux avec qui je converse virtuellement au travers de ce prisme qu'est le blog. Je suis émue, je suis doublement voire triplement émue. D'abord d'être près de celui qui compte tant pour moi, l'écouter me parler pour de vrai, l'entendre soupirer, le sentir vivre, prévoyant et prévenant. Il tient à la main son sac blanc plein de livres qu'il doit déposer à la grande bibliothèque avant de festoyer, la fameuse où la veille nous nous sommes rencontrés de chair pour la première fois. L'émotion est à jamais gravée dans ma mémoire, j'ai tant attendu ce moment. Je nous entends encore apprendre à nous connaître mieux et à nous apprivoiser l'un et l'autre cette fois-ci de corps à corps et non plus d'âme à âme comme nous l'avions fait au travers de notre énorme échange épistolaire par mails. L'expérience vaut plus que la peine d'être vécue! C'est la première fois de ma vie que je rencontre quelqu'un que j'ai le sentiment de connaître et qui me connais aussi intimement sans jamais l'avoir vu. La magie opère. Nous sommes l'un et l'autre, l'un avec l'autre comme si nous nous étions quittés la veille. C'est fascinant. Doublement émue, oui, Montréal m'inspire et m'interpelle, j'ai du plaisir à découvrir cette ville et à m'y frotter de plus près. Triplement enfin, face à ce qui m'attend dans une heure à peine, l'intensité prévisible de ce rendez-vous étonnant et fou avec tous mes amis outre- océan.

C'était il y a un an, le temps file. Si je m'écoutais je ferais de nouveau le voyage pour goûter aux sensations douces, chaudes et conviviales que j'ai pu déguster cette fois là. D'autant que Black Angel me manque. J'aimerais retraverser une fois encore avec lui ce parc, refaire cette ballade dominicale superbe du Mont Royal au quartier chinois, re-goûter à son fameux pâté, retrouver ses puissants éclats de rire, ses coups de gueule imprévisibles et l'ardeur de ses grands bras forts. Il le sait, je l'aime, et j'aime lui dire une fois encore. On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime combien on les aime, je ne sais pas pourquoi on devrait s'empêcher de le faire puisque c'est si bon d'aimer et de le dire, de l'être et de se l'entendre dire. Un océan ne sépare pas deux coeurs aimants et le temps n'a pas de prise sur une amitié de cette nature, je veux le croire, j'en ai besoin. J'ai besoin aussi de savoir que tous mes amis québécois existent, qu'ils sont là, et qu'ils pensent parfois à moi tout comme je pense si souvent à eux, à leur manière si singulière et si touchante de m'avoir accueillie, à leur langue truculente et savoureuse en diable, à cette générosité qui les caractérise.

C'était il y un an, presque jour pour jour. J'y pense et je souris. Quel délicieux souvenir...

 

 

 

 

01/09/2011

Le lit

 

C'est le poème spontané de Mokhtar sur mon post Upgrade Nocturne  il y a presque deux mois qui m'a donnée l'impulsion de provoquer cette note commune sur le thème du lit. Le temps que chacun oeuvre dans son coin, trouve l'inspiration, fouille dans sa mémoire ou dans son disque dur ou crée pour l'occasion, il s'est passé un certain temps. Voilà maintenant, le résultat de l'aventure. Merci à tous ceux qui ont eu le coeur à l'ouvrage, pas forcément évident un sujet imposé quoique en l'occurrence celui-ci fasse plutôt rêver, dans le meilleur des cas bien sûr. Le plumitif est parti s'épivarder*, il ne sera pas là pour profiter en direct du spectacle ainsi que de réagir aux écrits et images des uns et des autres et m'a demandé de l'excuser. Je m'empresse de le faire tant j'ai trouvé ce mot* affriolant. Manouche en était elle aussi et m'a devancée, hé,hé. Enjoy vous tous, il y a là un éventail délicieux de trésors en tout genre, une lit-érature tout à fait à propos pour attaquer la rentrée. Aux lits! 

 


Hommage au lit

 

Le lit est plus qu'un poème 

C'est un recueil où l'on cueille

Tant de rêves, tant de sève

Où, enfin, l'on se recueille

Pour se dire que l'on s'aime!

C'est un transport de trêve

Où tous les printemps se sèment

Bien loin des vindictes des glaives!

Après des heures de débats houleux,

C'est la houle des ébats amoureux!

C'est le haut-lieu, le pieu de la prise de pied

Des plus jeunes aux plus vieux!

Il s'ouvre en cieux radieux et pluvieux;

Il n'est jamais ennuyeux!

On y vit et voit toutes les saisons.

S'y marient raison et déraison!

C'est le vrai trône dans toutes les maisons!

 

- Mokhtar El Amraoui -

 

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- Photo Laurence Guez -

 

Le lit et la vie

 

Enfant, je faisais de mes blanches couvertures,

Dans mon lit, un abri d'où dépassait ma tête,

Imaginant donc que les sales créatures

Terrées dans les vapeurs d'ombres perdraient leur crête.

 

Adulte, je les ai troquées pour des moutures

Plus sombres; pourtant, dans mon lit, le coeur en fête,

Je rêve la nuit à venir, sens l'aventure

Proche de mon vaisseau aux diaphanes quêtes.

 

Les hiéroglyphes se répondent par échos

Dans mon esprit, ainsi qu'un aurique tricot.

Parfois, je touche la peau d'ambre d'une muse.

 

Mes rêves se mêlent à ma réalité!

Mon lit est un portail d'où les rêveries fusent:

«Es-tu réelle?», dis-je à la divinité.

 

- Guillaume Lajeunesse alias Vieux G. -

 

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- Photo Laurence Guez -

 

 

Lit de jour et de nuit

 

J’aime le lit, la lie aussi

Pour le repos du dépôt une fois bue la vie

 

Si j’aime tant les lits

C’est certainement parce que j’y lis

En me liant et déliant

Dans nouvellement des draps blancs

D’un blanc éclatant

Quand la lumière s’y jette

Je m’y jette rêves par-dessus tête

 

De nuit je sors et par allers et retours

Je viens et reviens au rectangle blanc

De haut je vois sa montagne douillette

L’envie de soulever la banquise pour m’y chauffer

Me prends fort et dans la mouillure de mes suaires

Par une saine navigation houleuse

Je surfe sur mes eaux monstrueuses

 

De jour et de nuit je vis dans un lit

Jusqu’à ce que le livre soit reposé

 

- Venise Landry -

 

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- Photo Le Bourdon Masqué -

 

 

 Mon cerveau s’ankylose

 

chus dans une place bizarre et au centre y a un bar

entouré d’un nuage électrique

carré avec quatre grosses portes de style malabar

pis la barmaid a un méchant tic

 

et je réalise qu’une des portes est dans la lune

fait qu’là j’en profite pour subtilement me glisser

près d’une élégante Arabe qui m’a foudroyé

par la gracieuse spirale de son œil lagune

 

même pas eu l’temps de juste me déposer la fesse

elle me saute à la gorge me murmure d’un drôle d’air :

« je suis ta vraie reine ma voix chaude te lacère

je te noie t’englobe enfin te tue de caresses… »

 

là faut que j’fasse kekchose

fini pus d’lit

mon cerveau s’ankylose

j’dors pus fini !

 

mais je refuse de me laisser périr ainsi

non mais des fois j’vous l’dis chus ben trop abruti

mais peu importe le décor change la pièce est blanche

 

le dessin de ma verbalité sur papier

là étalé en tristes gouttelettes qui s’épanchent

et elle penchée qui s’apprête à se les sniffer

 

courbant le dos j’amène l’énergie

entre mes omoplates pour m’élever comme si

j’étais un immense ballon qui prend du galon

je lévite sauf que là y a l’plafond

 

juste pour me contrépiphanier

je r’bondis inquiet ravi rieur énervé

avant de m’éveiller tout à fait en sueur

empoissé de rêveuses frayeurs

 

là faut que j’fasse kekchose

fini pus d’lit

mon cerveau s’ankylose

j’dors pus fini !

mon cerveau s’ankylose

j’dors pus fini !

mon cerveau s’ankylose

j’dors pus fini !


podcast

- Texte et musique - Michel Plamondon alias Le Plumitif -


 

écriture,poésie,photographie,lit,échange,blog,amitié,humain

- Photo Le Bourdon Masqué -

 

LITS

 

Depuis un moment je m'escrime sur ce thème, et rien, rien, rien de rien. A part des tas de banales conneries, qu'est-ce qu'on peut bien sortir sur un lit, bordel ? qu'on est content de se foutre dedans tous les soirs, emmerdés de s'en lever le matin pour aller gratter ses miettes ?

Quoi en dire, si ce n'est qu'on y naît (en général), qu'on y crève (assez souvent en occident, ailleurs c'est pas dit....), qu'on y souffre, qu'on y dort ou qu'on y baise ?

Qu'on y fait tout ce que vous voulez sauf y vivre, excepté les paraplégiques qui n'ont plus d'autre horizon que le plafond ?

Sauf y vivre.

Un lit, ce truc de civilisé issu de la croisée des siècles. Rien qu'un foutu meuble. A la base, pioncer, ça se faisait par terre. Pas confortable, on a rajouté des feuilles sèches, qu'un jour on a su tisser en natte, puis des fourrures - enfin je suppose.  Puis quoi, ensuite ? un sac de tissu rempli de foin, de paille, de plumes ? un matelas. D'abord ça. Mais pour isoler de l'humidité du sol et du froid, surélever sa couche, c'est mieux.

Alors, un cadre de planches sur pieds ? un lattis supportant le matelas ?

Voilà, on y était, au lit. Bon, on a fait ça de matériaux divers et de formes diverses, mais ça reste toujours un truc pour dormir dans le confort, quoi, au chaud, quelque part.

Et qu'est-ce qu'il y a à dire de plus là-dessus ? déblatérer sur les ébats qu'on s'y donne ? Histoire de se rassurer sur la réalité de nos vies sexuelles ? Parler de tous les morts qu'on y a vus rendre l'âme, de tous les malades auprès desquels on s'est tenu ?

Un lit. Cet espoir de l'esclave harassé, ce repos attendu, ce lieu redouté des insomniaques chroniques......

Ce qui manque chroniquement dans tous les hôpitaux, les lieux d'accueil, les refuges.

Un lit. Ce truc depuis quoi on regarde les araignées arpenter le plafond, sauf quand on a fait le ménage, en ressassant ses soucis....parce que quand on regarde nos joies, ce sont elles qu'on voit, plus le plafond.

 Un lit. Juste un foutu meuble, rien d'autre.

 

 - Anne des Ocreries -

 

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- Photo Le Bourdon Masqué-

 

Certains soirs, 

seule au creux de son lit, 

elle s'abandonnait aux souvenirs brûlants de leurs nuits.

Elle pensait à lui.
A son sexe dressé, si doux sous ses baisers.
L’image de son corps revenait.
Fulgurante.
Puissante.
Un frisson la parcourait.
Et sa main descendait, frôlant son ventre comme il le faisait lui,
S’égarant avec volupté vers son sexe
Humide et chaud
Lorsqu’elle fermait les yeux elle revoyait les siens
Leur douceur tout à coup enflammée par l'envie
Son désir décuplait et son corps, vibrant sous ses doigts
s'abandonnait enfin à la douce caresse
Délice
Abandon
Elle entrouvrait les yeux
Il venait, sans le savoir,

de lui offrir du plaisir.
Un délicieux plaisir.

 

- Pieds sur terre

 

 

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Rien ne s'oppose à la nuit

Le lit ressemblait ce matin a un vaste chantier labouré et pétrifié par ma sourde mélancolie. 
Battre la campagne et battre en retraite juste après. 
J'ai aimé abandonné mon corps aux rayons du soleil, et ce fût chaleur, moiteur, sueur poisseuse mais filets ambrés qui s'accrochaient au moindre carré de peau à tanner. 
Ma superdose de vitamine D.
L' été me préservait jusque là de mes sentiments mortifères, mais ma vieille caboche jugeait que l'abandon aux jouissances de l'été servaient un puit sec et m'envoya valdinguer un instant vers l'assourdissant espace du vide - celui où je n'entends plus rien remuer en dedans. Cette étrange pulsation de n'être plus.
La position horizontale me semblait alors la mieux à même pour me sortir de là et de ré-ouvrir l'ouvrage de saison: "Rien ne s'oppose à la nuit ".
.
 
 
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- Photo et Texte Laure Kalangel alias Lorka -

 

 

 

Dinde Dorée 

Nouvelle de Guillaume Pâquet 

 

Samedi soir, 10 heures et 10. Je suis dans la chambre, assis devant l’ordinateur. Je clavarde avec quelqu’un qui dit être une lesbienne de 23 ans, portant du 36 c et habitant Repentigny. Jeanne est dans le salon avec son frère. Ils écoutent un film d’horreur, un de ces films de peur japonais que les Américains ont cru bon refaire avec des actrices blondes et des villes aux noms plus familiers. Terreur à Mobile, Alabama !

La conversation avec la lesbienne s’enlise depuis un bon moment, elle doute de l’authenticité de mon identité. Les hommes doivent payer pour chatter ici, pas les femmes. Je me suis inscrit comme fille, j’ai pris une photo sur un site de soft porn et voilà. J’ai 25 ans, je suis bisexuelle, enceinte et mon chum me joue dans le dos sur des sites de rencontre virtuels. La lesbienne veut entendre ma voix. Je change de sujet et je lui demande ce qu’elle porte. Autant en venir au but tout de suite. J’attends la réponse impatiemment, je fais une recherche sur les autres femmes en ligne, je regarde leurs photos. Sans trop savoir pourquoi.

Les chats se mettent à courir dans le couloir, une longueur, deux longueurs. Brom Brom brom Brom-brolom krrr krrr krrrr. Leurs griffes graffignent le plancher. Ils sautent, se lancent par terre, le plancher vibre un peu, Colette a pris du poids depuis la grande opération. Pause. Je les regarde par le cadre de porte de la chambre, ils se font face et se préparent pour d’autres longueurs. Les deux ont les yeux noirs, les pupilles sont dilatées au maximum et leurs queues branlent vigoureusement.

Je sors de la chambre, j’en prends un dans chaque bras et je les enferme avec Jeanne et Luc, dans le salon, à l’autre bout de l’appartement.

En revenant devant l’écran, la lesbienne me dit qu’elle doit quitter. Pas grave, ça n’allait nulle part.  Une partie de moi se réjouit et se met à espérer que nous (c’est à dire toutes les parties de mon corps et de mon esprit qui ne sont pas intéressés par les relations adultères virtuelles) allons passer à quelque chose de plus constructif.

Je fais taire ma bonne conscience en m’adressant à ce qui semble être une femme de 36 ans. Elle dit être mariée, bisexuelle et à la recherche de discussions cochonnes avec des femmes. Excellent, pas de taponnage avec ce genre de personnage. Surtout pas besoin de faire vérifier trois fois son identité avant de les sauter virtuellement.

 Ça sonne à la porte, dix heures et vingt.

Je quitte Exploder, me déconnecte de l’internet, me lève, vérifie que je ne suis pas en érection et je me dirige vers la porte d’entrée. Jeanne est dans le cadre de porte du salon et attend de voir qui sonne, elle tient Colette dans ses bras. Comme je m’approche, la porte s’ouvre, c’est le voisin d’en bas, qui est aussi le propriétaire. Il entre. Je me recule un peu. Il titube et respire fort. Il pue l’alcool. Je vois dans ses yeux que c’est à propos des chats

— Salut

— Allô

— Z’ai essayé d’appeler, zc’était toccupé

Il me tend des papiers

— Ça cé lé… lééé…

Il a la bouche grande ouverte, il lui manque une incisive inférieure et il en a une autre qui branle et vibre pendant qu’il parle. Il s’est peut être battu ? Peut-être a t’il goûté à la médecine de ses escaliers glissants?

— Cé le… lééé…

— Les T4 ?

— Lé T4.

— Ok.

Il me tend les papiers, je les prends.

Ses yeux regardent par dessus mon épaule et semblent chercher les chats.

Sa dent tremble à chaque respiration, elle semble tenir le coup malgré tout. Il prend une grande inspiration et s’appuie sur le mur, il lui reste un autre papier.

— Ça cé lé… la…

— L’avis d’augmentation de loyer ?

— Ouain.

Il semble offusqué que je ne l’aie pas laissé finir sa phrase tout seul. À jeun il parle avec un accent portugais. Quand il est saoul comme présentement, ça se confond, son accent devient presque exclusivement ivre international.

Je prends l’avis, 10 piasses de plus à partir de juillet. Comme l’année d’avant. Et les deux autres d’avant. Et comme l’année prochaine fort probablement. Le loyer est encore abordable, il a du rattrapage à faire pour rejoindre les prix du marché.

Jeanne s’approche et se place derrière moi, je lui donne les papiers.

En voyant ses yeux je comprends qu’elle devine ce qui s’en vient. La colère lui fait froncer les sourcils.

Ça fait trois ans qu’on marche sur la pointe des pieds pour ne pas qu’il se plaigne du bruit, et il s’en plaint quand même.

Il a appelé la semaine passée à huit heures du matin parce que les chats venaient de faire une petite longueur d’appartement. «J’ai le droit de vouloir dormir à huit heure si je veux.»

Le lendemain, à sept heures du matin, il était sur le toit du bloc pour déneiger. Il a vraiment bien déneigé la partie au-dessus de notre appartement.

Il possède deux canaris et souffre probablement d’ailourophobie.

— La zlé CHATS, ça pu PU continuer !!

Il monte le ton, se serre les mâchoires et peut-être sent-il que je regarde sa dent car il tente de la cacher derrière sa lèvre inférieure. Ça provoque un zézaiement qui rend la discussion encore plus dure à supporter.

— Ben là, spask yé yenk 10 heures…

— JZ’ m’en FOUS !!!! On écoute tutte en bas !! TUTTE !!

Je lui fais timidement signe de baisser le ton avec ma main.

— ZSS’cusez, qu’il siffle entre ses dents. Il se pince les lèvres avec l’index et la moitié de pouce qu’il lui reste (accident de scie ronde), les trois autres doigts de la main en l’air. Il lève l’autre main en signe de pardon et réprime un rot.

— On écoute tutte pis là ccccé là quatrième fois que jze vous le dis. Cé t’assez.

— Je sais qu’on entend tout. Tsé, j‘veux pas partir de guerre mais juste avant hier, vous êtes rentrés à 2h de matin, pis vous étiez pas vraiment discret, pis des fois, vos canaris-

— Ah BEN Les CHATS qui COURENT PARTOUT dans l’appartement à dzeux Troizeure du matin z’en VEUX PU ! VOUS avez DIX jours pour faire DIZSSPARAÎTRE Les CHATS-

Jeanne passe la tête par dessus mon épaule et s’insère dans la conversation, je sens son ventre gonflé contre mes reins.

— Han ?

 Le propriétaire se remet l’index et le majeur sur les lèvres. Il lève l’autre main en signe

de pardon

— 10 jours pour faire dizsparaître le BRUITS des chats !

— Ben là j’m’excuse monsieur Miranda, mais je pense que vous êtes présentement pas en état de me dire quoi faire. Vous êtes-

— MA QUESSZ ÇA FA que JEU ZSSOIS comme je zssuis LÀ. JE ZSSUIS PAS DANS MON AUTO !

Il mime qu’il tient le volant.

Je regarde Jeanne dans les yeux, elle recule en me fusillant sur place du regard.

Je me retourne vers Miranda, j’essaie de gagner un peu de sympathie, je sais qu’il est divorcé, je roule les yeux en voulant dire « …les bonnes fammes… quessé tu veux fére…». Il se calme. Un peu.

— Jze suis chez moi, jze dérange pas personne, zeu suis pas dans mon auto, et les CHATS courts partout !!!

Il reprend ses arguments comme ça deux trois fois, en boucle. 10 jours d’avis, et puis quoi après les 10 jours ? C’est pas spécifié. Je ne m’objecte que symboliquement. Comprenez monsieur Miranda, le minou est tout jeune.

Il ne veut rien entendre.

L’idée me vient sporadiquement de le pousser en bas de son escalier glissant, juste pour voir ce qui se passerait avec sa dent qui branle…Mais je suis poli.

Je n’ai jamais été très menaçant dans ces situations. Toujours eu peur de déplaire, de me faire haïr. Un bon ti-gars qui dit jamais un mot plus haut que l’autre et qui roule des yeux quand c’est le temps. «On l’entends pas ! Tout le temps en train de lire oubedon de jouer dans sa chambe !» «aye, si mon Michael pouvais-tu êtes tranquille de mingue !»

Il finit par s’en aller au bout de 5 minutes. J’ai les mains qui tremblent.

Luc, le frère de Jeanne, est dans la porte du salon, il tient le chaton Daniel.

— Dix zours ! Cétacé 

— Ça PU PU continuer, que je lui réponds mollement.

Le film vient de perdre de son intérêt, il s’en retourne chez lui.

Après l’avoir salué, je vais me prendre un verre d‘eau, j’en renverse un peu en regardant mon verre trembler dans ma main. Jeanne est dans le lit, et tient un oreiller entre ses bras. Rageuse.

— Le vieux CÂLISSE... Vieux crisse de saoulons ! Ça va être quoi après ?? Pis ça va être quoi quand le bébé va être là ?!?

— Ché pas… Par contre, euh…C’tait pas le move de la soirée pareil, dire à un gars saoul kié saoul. Tsé, ctait quasiment comme y demander d’hurler plus fort…

Je me déshabille en la regardant du coin de l’œil, anticipant sa réaction. Je me glisse furtivement sous les draps, elle n’est pas dupe et sait que je veux éviter son regard. Elle s’appuie sur son coude en me regardant.

— Fallais tu que j’y amène une biére en plus ?? Tsé, cibouère…Na-non y reviendra nous vouère quand y s’ras à jeun le vieux câlisse ! Pis pourquoi y capote tant que ça après les chats ? Y courent 10 minutes dans journée pis c’est beau…

— Ptête que son ex-femme aimait les chats…

— Pis ? Y est pu avec là, y pourrait nous câlisser patience yenk une fois dans sa vie. J’haïs assez ça des vieux niochons d’même là… 

— On fait quoi ? On met les chats dans le salon ? Ek litière ? Au moins si y courent, ça va juste être dans ste pièce là.

— Ça va être le fun de regarder la télévision…

— Spa toé qui dis kia yenk dla marde à Tévé ? Tu vas avouère une Tévé en odorama…

— …

— Quessé tu veux qu’on fasse de plus, y capote, yé saoul pis y veux rien comprendre... Couche toé donc, tu te fatigues pour rien avec ces niaiseries-là.

— Ouin… mais j’ai quasiment hâte pareil d’entendre le bébé brailler à 4 heures du matin, juste pour que ça lfasse chier…

Elle termine sa phrase en m’embrassant. Je ferme la lumière.

Je m’endors en pensant à mon match de hockey cosom du lendemain, je suis en train de casser la gueule à deux-trois morons en même temps. La preuve que je rêve.

Je me réveille en pleine nuit, cauchemardant que j’ai furieusement envie d’aller à la toilette. Je sors du lit et en posant le pied par terre je me rends compte que ça ne va pas du tout. Pendant que je cours silencieusement vers la salle de bain, je refais vite une liste de ce que j’ai mangé et bu. Ça ne peut pas être pas la bière, j’en ai bu juste deux. Peut-être la poutine et le Roca Cola…

Dès que je m’assois sur le banc de la toilette, ça sort. Comment est-ce que ça peut se liquéfier comme ça ? Je sens que ça remonte vers le haut aussi. Une onde de souvenirs échoue en même temps dans ma tête. Je revois toute les fois où j’ai réussi à refouler les envies de vomir depuis que je suis petit. C’était pour moi une fierté à chaque fois. Je réussissais à repousser le mal, quelqu’un s’en rendrait compte un jour, j’en étais certain. On m’adulerait bientôt!

Pas ce soir, ce soir c’est trop fort. Aucun rempart ne peut résister à ce qui s’en vient. Je dois me lever prestement de la toilette, la flusher pendant que je me retourne et que je m’accroupis pour vomir. C’est une explosion, un raz-de-marée, la toilette se vide pendant que je la remplie. Les spasmes secouent mon ventre, mon dos, ma gorge. J’ai de la sueur au front et je ne distingue que vaguement les restes de mon souper qui virevolte dans l’eau montante. Puis l’accalmie, l’œil de la tempête ? La pensée que je puisse rater la partie de hockey du dimanche m’apparaît et me redonne un peu de volonté de combattre. Sans grand résultat. Une autre vague me happe. De la bile. Ce sera quoi après ? Mon corps se crispe, luttant contre l’absurdité d’expulser du vide.

Ce qu’il fait, une fois, deux puis trois fois. Plus rien ne sort, mon ventre se contracte, mes épaules se haussent à chaque fois et se replient vers l’avant, je beugle et j’ai les larmes aux yeux. 

Qu’est-ce qui m’a rendu malade ? La sauce brune ? Le fromage ? Un virus attrapé dans le métro ? Non… Il faut que ce soit le Roca Cola. Absurde. J’ai pourtant un drôle de goût dans la bouche, c’est sur et sucré.

Je m’assois sur les tuiles froides de la salle de bain en m’adossant contre le mur et je regarde mes mains sous la lumière de la veilleuse, elles sont blêmes et tremblotantes.

Ça fini par se calmer. Je retourne me coucher, il est 4 heures du matin. Je ne dormirai plus.

C’est chaque fois pareil. Je me revois dans ma chambre d’enfant à Amqui, sur mon minuscule lit, recouvert d’un couvre-lit en forme de voiture parce que mes parents ne pouvaient pas m’acheter le lit en auto. Malade, fiévreux, apeuré par tous les bruits que je peux entendre. Effrayé par le vieux merisier qui fait grincer ses branches mortes sur la vieille tôle du vieux garage Fournier. Terrifié par le toit de la maison qui craque sous la neige et les froids de février. Intrigué parfois par ces rares visiteurs dans la cuisine qui parlent pendant que je suis malade. Tous les commentaires que ces gens disent qui me concernent peut-être. Qui ne parle pas de moi du tout finalement.

Et toujours cet inconfort, ce marathon dans mon lit, mon repère, cette nausée qui empêche le sommeil de prendre racine. Et la tôle qui grince. Et ce lugubre merisier qui n’a jamais rien donné.

J’entends les chats qui commencent à courir.

Les Canaris à l’étage en dessous ne semblent pas être dérangés.

 

Dimanche. Huit heures. Je regarde Jeanne dormir. Ma main sur son ventre rond, j’attends, espérant sentir les mouvements de mon fils. Ça ne vient pas. Il doit dormir.

Tout est tranquille, pas de bruits dans l’appartement. Il fait soleil dehors. La chambre est pleine de lumière. Une voiture passe sous ma fenêtre. J’entends sous ses roues le bruit de la neige fondue par le soleil encore faible de février, le calcium et le va-et-vient matinal des clients du marché Jean-Talon. Je place mes bras derrière ma tête, j’essaie de m’imaginer avec un bébé dans mon lit, le matin. Un matin comme celui-ci. Une onde de fierté monte en moi. C’est agréable et incontrôlable, ça me dépasse largement, je le sens.

Après un temps, l’angoisse de subvenir aux besoins de cet être tout neuf se fait sentir et mon ventre bascule presqu’à nouveau.

La journée se passe en mode « lendemain de veille ». La matinée à vomir ou non et l’après midi à errer comme une âme morte dans toutes les pièces de l’appartement. Je fais quand même un effort supplémentaire pour ne pas trop faire de bruit. On prend bien soin de séparer les chats le plus longtemps possible. Le loyer est vraiment pas cher et c’est tellement bien situé.

 

Lundi. Daniel a un rendez-vous pour se faire castrer et je dois l’amener chez le vétérinaire avant d’aller travailler. Il neige doucement ce soir, c’est paisible. Les sons de la ville sont étouffés, le quartier semble être devenu un petit village tellement c’est tranquille et moelleux comme ambiance. Cinq centimètres depuis ce matin, ça fait du bruit quand je marche. Cronche, crounche, cronche. Je suis encore vaguement dans les nuages comateux de ma crise de vomi de la nuit de samedi, les épaules endolories.

J’arrive au coin St-Zotique/St-Denis. C’est l’heure de pointe, les voitures roulent comme en temps normal, vite et mal, mais on les sent plus vulnérables, incertaines dans les cinq centimètres de neiges. Je sens Daniel trembler. Une maman passe avec sa petite fille assise dans un traîneau. La maman regarde la cage : « regarde Mégane ! Un ti-minou ! » La petite mange un biscuit, elle le tient à deux mains avec ses mitaines, ses yeux sont presque cachés par son capuchon. Elle me regarde en passant sous mon nez et s’éloigne en se laissant traîner par sa mère.

La lumière change au vert. Une voiture descendant St-Denis qui croyait avoir le temps de passer freine et glisse en silence sur 2 mètres. Elle s’arrête finalement en plein milieu de la rue et repart avant que les Klaxons se fassent entendrent.

 

St-Zotique/Christophe-Colomb, j’enjambe un pare-choc gisant sur le trottoir et je regarde des deux cotés de la rue avant de traverser.

 En entrant chez la vétérinaire, j’ai l’impression que j’apparais dans un mauvais téléroman. Il y a un chat qui dort sur le comptoir près de la caisse enregistreuse, un couple flatte un grand Danois en lui disant des mots doux, une employée place des sacs de moulés dans une étagère, et une vieille madame sort d’une salle d’examen avec son caniche dans les bras, suivi de la vétérinaire.

— Jvous rmarci donc ma tite madame, ché pas ske j’aurais faite si y avais fallu que mon ti-Bijou toffe pas l’opération. 

— C’était rien madame Larose. Y va être ben correct votre Bijou.

La vétérinaire doit avoir à peu près mon âge, fin vingtaine, rousse, yeux verts, nez fin. Sarrau vert, uniforme, on imagine déjà une romance entre le personnage principal et la jolie docteure animalière... Elle se dirige derrière le comptoir et regarde des dossiers. L’employée qui plaçait les sacs s’approche de moi.

—  Oui ?

—  Je viens porter mon chat, Daniel, il se faire opérer demain.

Je monte la cage au niveau de son visage. Daniel la regarde.

— Suivez-moi s’il vous plait.

Elle m’emmène dans une autre salle d’examen qui donne sur une pièce pleine de cages. Elles sont presque toutes occupées. Un Gros Labrador noir se lève et me regarde de derrière ses barreaux.

L’employée installe Daniel sur une table en acier inoxydable, l’examine, il rechigne un peu, à peine.

C’est qu’il est bien élevé ce chaton ! Cinq mois ! Il ramène la balle ! Je ne me contrôle plus, un scénariste vétérinaire s’est emparé de moi, je suis un personnage, un caméléon sans personnalité, qui se transforme au gré des rencontres. Pour le moment je suis : le plus très jeune adulte en mal d’être qui est en admiration devant son chaton et la vétérinaire rousse au nez fin (qui palpe au même moment les bourses d’un grand Danois).

L’examen de Daniel se termine, l’employée me demande de faire rentrer Daniel dans sa cage.

— Oh, d’habitude, il entre seul dans sa cage.

Le chat essaie de sauter en bas de la table de stainless, ne semble pas vouloir y entrer. Il miaule en me regardant, je le rentre dans la cage.

— Vous allez pouvoir venir le chercher demain vers 6 heures.

Retour, marche en sens inverse vers le métro, vers la masse qui retourne à la maison.

Je pars travailler.

Même procession de véhicules, arrêt, départ, arrêt, départ, klaxon.

J’arrête au dépanneur, j’achète un billet de loterie, la Dinde Dorée.

Un jour je gagnerai peut-être, je pourrai réaliser mon rêve de sacrer à la TV :

«Calisse de tabarnak ! Jvas pouvouère rembourser mon prêt étudiant !!!»

Je gratte, le billet, je jette le billet.

Une longue file de gens épuisés aux yeux morts attendent pour embarquer dans l’autobus, la porte s’ouvre, le chauffeur est sémillant, il est assis de façon à faire face aux gens qui entrent, il les salut tous, les remercie. Parfois il reçoit un sourire, une réponse.

J’approche de la porte de la station de métro, encore la même surprise qu’hier et que demain, la résistance de la porte, le vent froid qui s’engouffre. C’est lourd, je pousse avec les jambes, je force. Une femme sort, je lui tiens la porte. Son regard est vide, les yeux morts. Elle m’ignore et sort. Je secoue mes bottes, j’entrevois mon reflet dans la fenêtre, je lâche la porte et j’entre, les yeux morts.

 

 - Guillaume Pâquet, alias Gomeux - 2004-2011 -

 

 

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- Le lit par Nancy Mc Donald - alias Mc Doodle -

 

 

 

Josée Limoges

Fait l’Achat d’un Grand Lit 

Extrait du roman Oro Negro, à paraître

©Éric McComber 2000-2011 

 

Quand on a commencé ce truc dingue avec Jaja et Émilio, on s’est vite rendu compte qu’y faudrait un terrain de jeu digne de nous. Jaj et moi, on est toutes petites, mais Émilio, c’est un tronc. Puis, on est... Disons, actives, toutes les trois... Une demi-journée de magasinage m’a convaincue qu’il valait la peine de réfléchir.  

Ainsi, la première tentative d’amélioration que j’ai proposée était l’addition sous le futon d’une feuille de « coquilles d’œuf ». Nonobstant un effet positif sur l’émission de craquements et une quasi imperceptible augmentation de hauteur, je ne suis pas convaincue. Eux paraissent ravis, mais ils ne sont pas perfectionnistes comme moi.

— Mette lé pas enn-déssous, mette lé par déssous...  

Xhana est incapable de prononcer le son « U ». Malgré tous ses efforts ― ce qu’on a rigolé avec le mot « aiguille » ―, elle ne parvient toujours pas, après deux ans au pays, à prononcer différemment « dessous » et « dessus ». En conséquence, elle accompagne maintenant ces mots d’un geste de la main... vers le plancher pour « dessous », et vers le plafond pour « dessus ». À pisser de rire quand elle a les mains chargées de sacs d’épicerie et qu’elle tente de m’indiquer dans quelle partie du réfrigérateur je dois ranger le gigot :

— Pas déssous, déssous ! Naoon, Josée, déssous-déssous-déssouuuus ! Ay, puta que pario !… Que língua estúpida !  

Magnanime, je fais comme si de rien était, et je daigne bien tenter l’expérience (de la feuille de coquilles d’œuf sur le DESSUS). Déception. Évidemment. Sentir, juste sous le drap, cette vile matière qu’est la mousse. Non. Ils peuvent bien m’appeler princesse aux petits pois... Émile qui évoque ses années chez les scouts et Xhana qui me fait la morale en parlant de Cidade de Deo... Lourd. Tant pis... Je suis qui je suis, je m’assume, je ne dors pas dans ces conditions. Histoire de parvenir au sommet, je vais aller au bout du monde.  

Ce qui est bien, quand on va loin, c’est que ça fournit toujours une excuse pour voir Élizabeth. Elle est la seule personne qu’on connaît dotée d’un véhicule à carburant. Ça se termine chaque fois à trois ou quatre mains sur ses immenses lolos. C’est ainsi, que voulez-vous, son mari les néglige. Ah, l’autre jour Émilio y allait entre les deux pendant que Jaja et moi on... Enfin.  

Une fois rendues sur place toutes les quatre, au coût d’un grave torticoli parce que, dans sa voiture, le courant d’air lui durcit les aréoles et que je suis assise devant, tout au long d’une magique odyssée à travers les landes défigurées par les bétons du progrès, nous voilà en train d’essayer des pajots dans l’immense rayon des lits du Gros Scandinave.  

Un jeune vendeur s’approche. Uniforme bleu et jaune. Il nous regarde toutes les quatre, affalées dans un Byornsk ; T-grand /tiroir à roulettes - Omskö.

— Pt.

Il sourit.

― On peut vous aider, mes petites madames ?

Nous lui rendons son sourire. Surtout Zabeth. Elle a toujours aimé sourire. Voilà une bonne occasion. Elle sourit. Nous sourions.

— On cherche un lit.

Rires.

— Vous êtes à bonne place.

Sourires. Il se gratte la gorge.

— Hm.

Il fait de petits bruits avec ses lèvres, comme s’il embrassait l’air.

— Pt.

Les soirées ont l’air longues, chez le Gros Scandinave. Il ose :

— C’est pour le ou laquelle de vous autres ?

― Ekh, ekh, ekh.

Nous rions.

— C’est pour toutte lé quatre.

Ah, la discrétion sophistiquée de la Panzera qui s'assume.

— Pt-pt.

— À nous nous aime dé sé faire l’amour à trois. Nécéssité oune grande matélas. Plous grande qué o double. Des fois notre amie Zabeth sé joigne à nous, aussi.

Élizabeth rougit et sourit plus encore. Le vendeur tente de demeurer professionnel mais n’arrive pas à arracher ses yeux de la charismatique encolure de la Saint-Brunoise. Émilio se cache la tête entre les doigts. Le vendeur met une main dans sa poche, ce qui ne nous fait que mieux voir ce qu’il tente de dissimuler.

— Pt. Hm.

Et puis encore :

― Pt.

Il décide enfin :

— Ooon vous laisse regarder, alors ! 

Il se sauve. Bon. Je tombe amoureuse (avec l’aide de mes trois collaboratrices) d’une grande base en bois. Miam. Je sens déjà le sommeil me bercer entre ses grandes lattes suaves. Nous repartons de l’ambassade de Suède armées de nombreuses boîtes de carton et passons la soirée à assembler la chose et la nuit à la tester. 

C’est le lendemain que l’idée géniale me vient. Ma Joconde, à moi. Bon. Recouvrir le recouvrement... De cette vieille douillette en coton qui traîne, dérisoire, au fond d’un placard. Comme ça respire et que ça vit et tout et tout... ben, l’épaisse douillette non seulement contrecarre l’effet désagréable, tant tactile qu’olfactif, de la mousse, mais en plus ajoute au moelleux de l’affaire. Le résultat est immédiat. On l’essaie, on l’adopte. Toute la matinée, tout l’après-midi, même après le départ de Zabeth, puis celui d’Émilio, on peut plus s’arrêter. Je crois, sans vouloir exagérer, que notre lit est sans doute le plus confortable et le plus propice aux ensuquades de stupre de toute la Terre. Grand. Ferme. Solide. Moelleux. On le mangerait.

 

- Eric Mc Comber -

 

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- Photo Le Bourdon Masqué -

 

Max

 

Je m'appelle Max, suis une espèce d'hétéroptères de la famille des Cimicidae, un cimex lectularius pour être plus précis. Une punaise de lit. Je suis plutôt de nature nocturne et me nourris de sang humain comme les vampires à moindre dose, forcément, je suis beaucoup plus petit. J'adore l'odeur du dioxyde de carbone que libère la chaleur des corps, ça m'éclate, c'est tout juste carrément tripant, un pur extase! Les individus dans mon genre ont une espérance de vie n'excédant pas une petite année, mais moi, je suis un être à part. Sur mon berceau les fées se sont penchées et, après une concertation longue et douloureuse ont décidé de me donner dix longues années. Neuf pour étudier mon environnement et une dernière pour l'écrire et le consigner afin d'offrir aux générations futures de quoi réfléchir et rêver. Ainsi ai-je vécu dans le lit d'une chanteuse de jazz dans le Bronx, dans le lit d'hôpital d'un vieillard infirme et difforme dans le New-Jersey. J'ai squatté  aussi quelques sofitels haut de gamme un peu partout dans le monde, me servant des valises diplomatiques pour voyager. J'y ai vu des vertes et des pas mûres. Je ne vous dis pas la dose de secrets défense que je trinqueballe! J'ai toujours eu la bougeotte, démuni d'ailes il m'a fallu être inventif et astucieux. Un véritable Indiana Jones des oreillers et traversins. Au bout de moultes épopées en tout genre, j'ai élu domicile pendant plus de deux ans dans un appartement, sur le Plateau, à Montréal chez un écrivain noctambule, bigrement riche et imaginatif. Un lit au draps rouges qui fleuraientt bon le fauve, les parties de fous rires, les nuits d'ivresse chaude et les délires chatoyants d'une nature hors norme. J'ai plus appris chez lui, ma piqûre régulière une fois tous les trois jours, en partageant ses lectures, ses rencontres, ses coups de sang, ses coups de fil rares et ses visionnements érotiques, comiques, tragiques et burlesques qu'en trois longues années de carrière de part le monde. Il pestait parfois râlant que je me serve sans lui demander son accord à sa cheville ou ses fesses, mais n'a jamais pris les gros moyens pour me faire sortir de sa vie. J'ai vu grâce à lui plus de films que je n'aurais pu voir, nous avions les mêmes horaires, dormant de jour, vivant de nuit. Je m'installais peinard sans qu'il le sache tout près de sa joue assis en tailleur multi-pattes sur son oreiller Spiderman, je me sentais, disons, ainsi, comme en famille et j'ai pu parfaire mon vocabulaire à l'écouter mettre ses textes à l'épreuve du gueuloir comme le faisait Gustave. J'y serais bien resté jusqu'à la fin de mes jours. Les chairs délicates qui se pressaient chez lui ne manquaient ni de saveurs ni d'intelligence à l'entendre, je n'y ai pas goûté, je ne pique pas ces dames. Je pensais même y écrire mon livre. Mais un événement chamboula tous mes plans.

Un jour d'Octobre 2009, il prêta son lit à un couple d'amis venus de la vieille Europe. Des ch'tis. Je n'avais pas encore à ce jour foulé le territoire français, la tentation d'y goûter l'emporta sur ma vie de coq en pâte et je quittai la mort dans l'âme mon vieil ami québécois pour venir m'installer à Lille dans un lit conjugal ne manquant pas de piquant ni d'exotisme. Là, dans mes nouveaux quartiers, je me pris d'amitié pour deux vieux acariens, petits et laids, un humour à la Woddy Allen et une grande connaissance d'un terrain qui m'était étranger. Je me suis aussi acoquiné de trois gracieuses araignées longues fines et érudites ayant beaucoup de conversation, cuisinant à merveille en chantant de veilles ritournelles poétiques. Mais, mais, mais surtout j'ai découvert le corps d'une femme immense, royale et sublime dont je suis tombé raide. Je n'avais encore jamais de ma vie croiser pareille créature et j'espérais ne pas mourir avant d'en avoir fait le tour. C'est la première fois dans mon existence trépidante que j'ai envie de tout savoir d'un corps, je veux tout connaître d'elle, tout explorer, la boire millimètre par millimètre, parcourir ses recoins, ses trésors cachés, inhaler ses odeurs les plus secrètes, savoir tout de ses pensées les plus intimes et tout de ses rêves les plus enfouis. J'ai joui tous les jours dans ses draps rayés à entendre son coeur battre et son souffle doux régler le rythme du temps. J'ai compris ce qu'est la souffrance d'attendre quand elle tardait à venir s'allonger, comme celle de désespérer à la voir se lever plus tôt que d'habitude. J'ai haï son mari suffisamment taillé pour la prendre, détesté son ordinateur avec lequel elle passe des heures, envié ses enfants qui viennent lui parler assis au bord du lit et voulu pouvoir être ce livre qui l'a fait rire, celui qui l'émeut, celui qu'elle re-feuillette sans cesse, ce livre écrit par celui là-même que j'ai quitté pour elle. Comme ce vaste monde est petit!

Un soir n'y tenant plus, j'en ai voulu davantage. J'ai dérogé à mes principes et dardé une humaine femelle. Je n'avais pas encore osé goûter de plus près à sa peau sucrée et au sang qui bouillait dans ses veines de peur quelle ne me congédie sur le champ par je ne sais qu'elle opération commando de nettoyage. Nombre de mes congénères avaient été exterminés ainsi et avaient vu leur temps de vie se rétrécir encore plus vite, violemment. J'ai piqué à la cuisse, pas trop profond pour qu'elle n'en souffre pas, mais longtemps, vraiment longtemps, avec délectation je me suis avalé un merveilleux festin royal. Je pensais avoir été on ne peut plus délicat mais la superbe avait l'épiderme fin d'un bébé fraîchement né et n'a pas manqué de s'en plaindre à grands cris dès son réveil. Alors, pendant plus d'une semaine je me suis fait encore plus minuscule que d'habitude. A peine s'y j'osais respirer. La crainte a entraîné la perte de mon appétit coutumier et légendaire au point d'ailleurs que mes amis s'en inquiétèrent. Pas de bombe au pyrèthre végétal, pas de grand retournement de printemps, pas de battage de matelas. Ouf! J'ai pu en me tenant à carreau rester ainsi dans le creux de ma belle. Je n'ai pas rempli ma mission, je n'ai pas écrit. Du moins pas le livre qui m'avait été commandé à la naissance, non, j'ai préféré élaborer un conte, celui d'une punaise de lit devenant un grand homme pour donner à sa douce tous les plaisirs du monde et l'honorer chaque jour de la puissance d'une passion sans cesse renouvelée par les grâces d'un amour fécond, motivant et complice. Peut-être qu'un jour, on en fera un film! En attendant, moi, je le vis éveillé, ce conte merveilleux. Ce lit là sera certainement mon dernier. C'est tout le mal que je me souhaite.

 

 - Helenablue -

 

écriture,poésie,photographie,lit,échange,blog,amitié,humain

- Photo Le Bourdon Masqué -

 

Sans lit dessous.


-Le lit til-t’il ou si il ilt ?
-Non, il ilt le lit, il ilt.
-Comment ilt ? Til non ? ? ?
-Jamais lit til, il ilt comme ceci ce lit.
-Einh ! Il ilt toujours comme ça ?
-Si si, ce lit, ilt comme ça, comme ça et encore, et encore.
-Bravo, qu’il ilt mais s’il til pas, qu’il ilt
 seulement, quand t-il tilera-t-il, un peu ?
-Lis ici, ceci, là, là : " Lit IKÉA, ILT"
-Ces lits qu’ILT, aussi en bleu lys, vu que
 til, ils ne font pas? 
-Pas plus de lits en bleu lys. En jaune, ça oui.
-En jaune lys ?
-Ilt jaune lys, si on veut, et lisse avec ça, voilà.
-En kit, ce lit ILT jaune lys?
-En kit toujours, toujours en kit.
-Hum! En kilt pour assembler ce kit de lit ILT qui til pas, 
 qui ilt, qui ilt encore, et encore, c’est Lili la lisse qui 
 va m'offrir son lys ! 

 

MakesmewonderHum! -

 

 

 

19/07/2011

avenir

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- Photo Bianca van der Werf -

 

Un petit rien à finir.

Un roman à écrire.

Un projet à construire.

Une pile de livres à lire.

Et un coeur à polir.

Je serai moins présente dans les jours à venir...

 

 

Prenez soin de vous. Blue

 

10/07/2011

Synesthésie

Une chouette idée que ce blog créé il y a plus de cinq ans par Christian et son ami complice Oldcola. Le goût par les mots! Je ne pouvais pas ne pas y être sensible. Interpellée par l'évocation du pâté chinois de Mistral, j'ai eu envie d'y mettre mon grain de sel avec une recette sucrée de poires rôties au miel et sirop d'érable. Hé,hé. Essayez-là, vous m'en direz des nouvelles!

 

09/07/2011

Hervé Brisepierre

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Il travaille le bois comme d'autres pétrissent la glaise, usent du pinceau ou encore de la plume comme je me plais à le faire. Hervé est un très bon ami de longue date, en plus de ressembler vraiment à Charles Bronson, j'aime comme il parle de lui et de son devenir, ce qui l'a conduit à être ce qu'il est et à s'exprimer ainsi avec cette matière si particulière. Pour ceux qui seront dans le coin, il présente dans la salle municipale de Maussane dans les Alpilles ses dernières créations du 11 au 17 Juillet, vernissage le 12. Je ne peux en être de chair mais y serai de coeur. L'amitié tout comme l'art fait fi des kilomètres et de l'espace temps, les oeuvres d'Hervé aussi, faites pour perdurer.

 

01/07/2011

Le vernissage de Laurence

Nous nous sommes retrouvées sous le coup de 18 heures métro Maubert, quartier qui mérite d'être découvert, vivant, truculent, gai et sympathique, je l'ai adopté de suite et j'ai compris pourquoi Laurence avait choisi cet endroit pour sa première expo, enfin, non, la deuxième. On a fait les dernières emplettes ensemble pour recevoir le monde, l'accrochage avait été fait la veille avec l'aide de Laure et de la si jolie fille de Laurence. Le champagne était au frais. Le maître du lieu finissait de coiffer sa dernière cliente. C'était amusant d'ailleurs ce mélange des genres. Le coiffeur qui continuait à oeuvrer pendant que les curieux et invités commençaient à scruter de plus près le regard de Laurence! Celui qu'elle porte si généreusement sur les gens et si poétiquement sur les choses.

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- Laurence and me par Laure K. -

 

Le monde est arrivé petit à petit, l'espace est vite devenu trop exigu. Dehors il faisait beau. On a alors tous profité du trottoir pour se donner les uns aux autres ses impressions:

- Moi, j'aime bien la pt'tite dame! Je la trouve pleine de saveur...

- Ah! Perso, c'est la photo de l'homme sur son banc qui m'a tapée dans l'oeil!

- Oh, c'est vous, les cheveux sous la lampe!? Ravi de vous connaître. Alors comme ça Laurence et vous, vous vous êtes rencontrées par l'intermédiaire des blogs, c'est fascinant, vraiment tout à fait fascinant!

- Le triptyque à la fleur est très évocateur...

- Quel talent, cette Laurence! Elle porte un regard si étonnant sur le monde qu'on a envie de s'y mettre aussi ...

La fille de Laure gambadait entre les jambes des personnes présentes en ne s'empêchant pas de faire ses remarques, curieux petit lutin à l'affût de tout et du moindre petit rien! Laurence semblait flotter d'une âme à une autre, recevait des éloges et beaucoup d'affection. Un certain bourdon masqué fit un tour à la vitesse du son, je le soupçonne de vouloir revenir en douce zieuter plus au calme. Les bulles et les propos s'échangèrent dans la bonne humeur et la joie d'un doux moment partagé. A l'image de la photographe, je dirais!

 

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-Photos de Laurence Guez par Laurence Guez-

 

 

 

 

28/06/2011

Bloguer

Penser, frémir, réaliser, ressentir, finaliser, mettre en mots, désirer, s'épanouir.

Rencontrer, partager, apprendre les uns des autres, se mesurer, s'exprimer, se polir, s'affiner, s'éprendre.

Ravir et l'être. Courir et discourir, montrer, dévoiler, cacher, avancer masqué ou en pleine lumière.

Intervenir, appréhender, assumer, apprendre, comprendre, échanger, être.

Bloguer n'est pas une vue de l'esprit, n'est pas non plus une gourmandise ni un effet, c'est un acte qui engage, qui permet de grandir et surtout qui époustoufle. Une source qui donne à son jardin une disposition nouvelle, libre, ludique et universelle! Sans frontières.

Blue est mon moi, ce que je suis, ce que j'aurais dû être, mon expression artistique, ma réalité. Chacun en pense ce qu'il veut ou ce qu'il désire. Je suis.

J'ai vraiment tant appris de ce monde "parallèle", paraît-il, que je reste septique. On nous dit que ça n'est pas la vraie vie, que si par malheur tu y mets le doigt, tout ton bras y passe! Non  mais, vous rigolez! Que tout ça fasse peur, Ok, que ça soit subversif, pas dans les clous, pas gérable, pas toujours de bon goût, Ok. Mais que ça soit peanuts, sans valeur et sans conséquences, nada!

J'ai avancé ici bien plus qu'en quinze longues années de thérapie et je vais vous dire pourquoi ce genre est si précieux: vous pouvez être ce que vous avez le besoin et l'impulsion d'être, pour le meilleur comme pour le pire, n'est-on pas fait des deux?

Trois années sur la toile m'ont plus apporté que toutes mes tentatives psychologiques. Hum, je ne suis pas vraiment juste, après ce que j'ai vu, compris, ingéré et progressivement digéré ailleurs, j'ai trouvé là un moyen singulier d'exister et de voir enfin quelqu'une dans le miroir derrière ce regard jamais tellement généreux à mon égard, le mien. Mes yeux ont changé de couleur, ma vue s'est apaisée.

Bloguer est tout un art. 

Vivre l'est tout autant.

Aimer, le carburant.

Être, le stimulant.

 

 

Doit-on sous des prétextes idiots de "parce que ça n'est pas dans l'ordre des choses" et que "tu ferais mieux de faire un jogging quotidien que t'adonner à ces bizarreries" ne pas bloguer... Quid des neurones, sont pas dans les jambes que je sache?

 


podcast

- Jeanne Moreau- Le nombril -

 



24/06/2011

Bonne Saint-Jean!

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Je ne peux pas ne pas penser à mes amis québécois aujourd'hui, fête de la Saint-Jean! Et tout mon coeur est là-bas, avec eux, en cette belle journée. Mon blog a maintenant trois ans, c'est une date anniversaire à un ou deux jours près, je l'avais ouvert le jour de l'étè 2008, fête de la musique chez nous. Depuis je n'ai jamais loupé d'y être dans la tête. J'aime l'idée d'associer les deux, au fond, le Québec est devenu par l'entremise de cet outil magique qu'est l'internet ma deuxième patrie et j'y ai de nombreux amis, des êtres importants qui comptent beaucoup pour moi.

Alors voilà, je fais une pierre deux coups! Enjoy à tous and Love. Blue

 

 

17/06/2011

Laurence G.

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Laurence G. par elle-même -

 

 

Pendant que de manière récurente, chaque blogueur et blogueuse se demande au fond de lui l'aboutissement et l'intérêt d'un tel média, il y a des réponses qui s'imposent d'elle-même comme ma rencontre avec Laurence, qui aurait été improbable sans cette incroyable technologie. Impossible de vous parler d'elle en deux mots dans sa totalité tant ce petit bout de femme renferme de richesses, mais possible de faire une esquisse en demi-teinte d'une personnalité attachante, généreuse, et d'une rare fine intelligence. Jamais elle ne s'impose, c'est pas son truc faut bien le dire et a toujours une attention tendre et bienveillante à l'égard de ceux qu'elle aime, je suis bien fière d'en faire partie! Ellle qui est devenue une de mes L.! Le regard qu'elle porte sur les choses, les êtres, les âmes est à son image au fond: humour, tendresse, finesse, connaissance, sensibilité et puis un je ne sais quoi d'innocence, d'éternel renouvellement, de non à-priori, d'ouverture d'esprit. Quand son angoisse existensielle cessera de lui consommer trop de son énergie, elle nous fera des étincelles, d'ailleurs je crois qu'on est pas au bout de nos surprises tant elle a à dire et à exprimer. Elle a arrêté d'alimenter son espace, pour le moment, se concentrant sur d'autres projets, elle me manque, j'aimais bien passer chez elle me nourrir de sa fantaisie et de son amour de la danse. Elle m'a fait découvrir l'opéra Garnier et puis c'est elle qui m'a emmenée à la Comédie Française pour la première fois de ma vie, c'est une passionnée cette lumière là et tout ce qui tourne autour des mots, des gestes et des respirations l'inspire, on parle le même langage au fond. Un petit clin d'oeil à celle qui porte d'habitude plutôt le sien sur moi et un élan de gratitude envers celle qui est devenue une véritable amie.

 

 

 

08/06/2011

D'elle à vous et de vous à moi

 

 

 

Le regard de Lorka, la parole de Blue. La parole de Lorka, le regard de Blue.

 D'un blog à l'autre...

 

 

 

06/06/2011

Black Angel

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- Black and Blue - Photo Patrick Natier -

 

 

J'aime beaucoup cette photo, c'est Pat qui l'a prise lors de notre bref séjour à Montréal chez le pote de Christian un étage ou deux peut-être au-dessus du Bunker. La lumière matinale et automnale était particulièrement douce et la journée s'annonçait intense, je devais passer du temps avec Sandy et son homme et je savais déjà à ce moment là que nous repartions le soir-même, sigh, c'est fou ce qu'une image peut en un rien de temps vous replonger en arrière!

Au-delà du contexte, c'est ce qu'elle m'évoque qui me touche. Cette complicité, cette tendresse, ce respect que nous avons l'un pour l'autre, la densité de cet amour qui nous unit, cette amitié indéfectible qui s'est construite par-delà les océans avec la puissance des mots de deux coeurs sincères s'apprivoisant et s'éprenant l'un de l'autre. Tout ce que mon regard dit et ce que ma main exprime et tout ce qu'en retour je sens recueillir de lui. 

J'ai tant reçu de Christian Mistral, il a tellement partagé avec moi ses pensées qu'elles sont devenues miennes sans que j'y prenne garde. Il m'a tellement bousculée et poussée dans mes retranchements que mon écriture se libère. C'est lui qui m'a donné cette confiance, cette autonomie, cette liberté et c'est lui aussi qui m'a tout appris de la blogosphère. Pionnier en la matière, il la connaît mieux que quiconque, m'a évité les pièges et m'a encouragée à monter le niveau. Patiemment, intelligemment et sans défaillir, il m'a soutenue back stage, m'a enguirlandée plus d'une fois comme il sait si bien le faire avec son mordant légendaire et m'a inspiré plus d'une note et plus d'un commentaire, tout cela avec une générosité sans limite et une présence quasi quotidienne. Grâce à lui, j'ai beaucoup progressé.

Il m'a fait prendre conscience de la puissance de ce média particulièrement, de ses limites aussi et le projet que nous menons de concert avec Laure m'y ramène. A mon âge pourtant et avec ma bouteille, je devrais bien savoir comment me viennent mes idées, qu'elles en sont leur source ce qui m'a mis sur la piste ou comment ma réflexion s'est construite. Nietzsche m'a influencée et a permis cette prise de distance avec mon éducation religieuse, Agatha Christie à sa manière m'a elle aussi avec son Hercule Poirot permis de développer mon esprit d'analyse ainsi que les neuro-biologistes que j'ai pu lire. Monsieur Laborit, tout comme Sun Tzu restent pour moi des références incontournables, évidemment j'en passe, car au bout d'un certain nombre d'années on ne sait plus à qui on doit telle ou telle découverte, l'important restant à mes yeux d'en faire quelque chose et de progresser. Pourtant dans ce domaine plus spécifique de l'écriture, c'est Mistral qui m'a décomplexée et révélée et c'est grâce à lui si j'en suis là où je suis, à moi maintenant de grandir et d'aller encore plus haut, encore plus loin, d'en donner davantage, message que je perçois en filigrane au travers du cadeau qu'il m'a fait hier soir.

Ce qui est percutant dans sa façon de faire, c'est qu'il t'invite à réfléchir et toujours te laisse ton libre-arbitre; jamais il n'impose, c'est un excellent professeur quand il ne gueule pas trop fort! Quoique là aussi au fond, il t'encourage. C'est son exigence envers lui-même et la qualité de sa plume qui m'ont amenée à faire de même, j'en ai déjà parlé dans cette fameuse lettre envoyée dans le cadre des correspondances d'Eastman qui me revient soudainement en mémoire et qui pour moi est toujours réactualisée. 

Depuis il y a eu cette photo, il y a eu la rencontre qui a accentué notre intimité et mon aisance à converser avec lui, ma maturité aussi, notre connivence. Si un tant soit peu je devais ne retenir qu'une merveilleuse chose que le web engendre et que les blogs permettent c'est bien ce genre de rencontre qui marque à tout jamais une existence, comme celle que j'ai pu faire avec celui que j'appelle avec une affection profonde, mon Black Angel!

 

 

 

03/06/2011

conversation entre amies blogueuses

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- Photo montage Laure K. -

 

 

 

Hier, Jeudi, jour de l'Ascension propice aux élévations d'âmes, Laure K est arrivée chargée comme un âne de matériels divers pour fabriquer les matières premières d'un projet qui lui tient depuis un bail à coeur. L'idée a germé d'abord dans sa tête sous la forme de portraits de blogueurs qu'elle trouve inspirants et qui l'aident dans son propre cheminement. Doucement mais sûrement l'initiative d'être plus que passeur mais acteur dans l'histoire a fait son bout de chemin. Elle m'a soumis son projet. J'ai dit OK! trouvant l'aventure plaisante et excitante me mouillant moi aussi en lui permettant de me filmer à dire des choses et non plus seulement à les évoquer au travers d'images suggestives, ce qu'elle a fait superbement jusqu'ici!

On s'est installée, face à face, dans deux moelleux fauteuils de cuir brun au fond de ma boutique inondé de la lumière nécessaire et au calme puisque pour l'occasion, j'étais venue spécialement un jour férié le matin là, où, d'habitude je sévis. L'installation du matériel prit une bonne heure, deux caméras croisées, un micro, réglages des spots, des cadrages, des plans, du maquillage enfin tout ce qui tourne autour d'un tournage, je découvre, c'est passionnant. Et puis on s'est un peu chauffé. Laure avait imaginé un chemin de fer des sujets qu'elle voulait qu'on aborde et on s'est naturellement mise à parler. Pour nous deux, en soi, ça n'est pas compliqué, entre nous on se parle régulièrement de choses et d'autres, mais de le faire dans cette ambiance précisément, c'était une autre paire de manches. Ni elle ni moi ne sommes actrices ou rompues à ce genre d'exercice, on s'est jeté mutuellement à l'eau et je ne sais même pas à ce jour ce que contiennent les boîtes noires de chacune des caméras, seule la réalisatrice le sait et elle seule va se servir de tout ça pour exprimer ce qu'elle tient à livrer.

Je ne crois pas dévoiler un secret en disant que ce qui la passionne c'est l'intérêt de ce nouveau média qu'est le blog, ce qu'il entraîne, ce qu'il provoque, ce qu'il crée, comme ce genre de rencontre par exemple, ce qu'il ouvre comme perspective et aussi ce qui anime ceux qui en usent et en abusent comme je le fais moi-même avec un plaisir certain et une énergie à toute épreuve. Le sujet du pourquoi et du comment d'un blog ainsi que du pourquoi et du comment celui-là plutôt qu'un autre a été au cours de notre entretien d'une bonne heure généreusement évoqué, mais pas seulement, on a parlé également d'écriture, d'éducation, de la langue française qui nous relie les uns les autres, des amitiés qui se créent, de la pérennité, de l'abolition des distances, de la confiance en soi que donne cet outil étonnant et, bien entendu, de la mode, un grand pan de mon environnement et de mon quotidien!

Après avoir épuisé les batteries de machines et le temps de parole possible sur chacune des bobines, j'avais une faim de loup, ça creuse de réfléchir et de mettre de l'ordre dans ses idées, ça consomme pas mal d'énergie! Alors on s'est enfilé un petit chinois vite fait juste en face de chez moi et puis j'ai repris mon activité première et je lui ai dégoté une superbe tenue pour les prochaines occasions où elle doit faire la belle. C'est vrai que j'aime ça, mettre en valeur une personne au travers des vêtements qu'elle porte. C'est enthousiasmant de voir quelqu'un s'exprimer davantage par ce biais que nous offre l'art de se vêtir et c'est passionnant d'en être l'instigatrice ou l'accompagnatrice en fonction de la personnalité de la femme que j'ai devant moi! Certaines se connaissent vraiment bien et juste on les aide en leur fournissant de la matière, pour d'autres c'est plus complexe, elles ne savent pas ou plus ou n'ont pas le goût à ce genre d'affaires, ou plus compliqué encore et beaucoup plus fréquents n'aiment pas leurs corps, ce qui n'est pas le cas de Laure!

Alors voilà maintenant, petit à petit va vous être dévoilé des morceaux de cette entreprise, ce qui va nous permettre de tous interagir et de tous réfléchir à ce qu'apporte, au delà du plaisir de découvrir et de partager, le monde des blogs. Il me semble que l'une de mes dernières phrases au cours de cette conversation en sorte de conclusion fut:

"Un blog, c'est interactif et ça nous élève, on a envie de donner le meilleur de soi-même et de recevoir aussi ce meilleur de l'autre. Et puis ça nous incite à réfléchir, à structurer sa pensée, à créer. C'est chouette, c'est quand même super chouette, c'est à ça que ça sert la littérature, la culture, l'art, à grandir, non?"

 

 

 

 

22/05/2011

D'un clavier à l'autre

  Ce matin, dévorée par mon angoisse nocturne et par des pensées moroses et résolument noires, j'ai comme à mon habitude, après le premier pissou du réveil, allumé mon ordinateur pour découvrir mes mails, et là, rien! Rien de nouveau depuis hier. Le ventre déjà bien noué et le coeur bien sombre, j'ai entrepris comme chaque jour la tournée de mes amis blogueurs. Le Dimanche, j'ai plus de temps alors ça s'étire davantage, je vais un peu plus chez chacun et parfois je m'attarde, je redécouvre, je relis des vieilles notes, comme une sorte de rituel qui a toute son importance dans mon existence. Certains se campent devant leur poste de télé, d'autres ouvrent la presse au petit déjeuner, je le faisais aussi avant cet outil là; d'autres encore se préparent pour aller à la messe, ou se rendre au marché, certains enfin font la grasse matinée. Mon plaisir, à moi est de faire la tournée des blogs comme on fait celle des bistrots, j'ai le sentiment parfois que c'est du pareil au même, une quête de contacts, d'échanges, de stimulations, d'écoutes sans danger par contre d'avoir la gueule de bois.

Ainsi j'ai mesuré une fois de plus l'impact qu'a sur moi ce genre de voyage d'un clavier à l'autre, d'âme à âme. Est-ce la concentration ou le plaisir que je prends à lire untel ou untel, les sourires qu'un post sur trois arrivent à me faire venir ou la douce sensation de grande intimité avec certains et certaines qui s'est construite au fil du temps, la mise en branle des neurones et l'explosion d'émotions en tout genre, les réflexions auxquelles je suis invitée riches et variées? Toujours est-il que l'angoisse semble s'apaiser et la vie reprendre un sens. Beaucoup plus efficace et moins nocif que le Prozac, encore que pour ce qui est de la dépendance, cela reste à mesurer!

J'aime aussi et je le fais relativement souvent re-voyager dans mon propre espace, je relis les commentaires et les discussions qui ont pu naître et se développer sur certaines notes et puis toutes ces marques d'affections qui toujours me touchent, ça me remet du baume au coeur, ça me redonne du courage et ça renouvelle mon envie et ma passion d'écrire. A lire les mots des autres, parfois à lire les miens, je prends conscience que l'écriture est un excellent transmetteur et transmutateur, aphrodisiaque, jouissif, énergisant, stimulant. Je me sens requinquée et prête à vivre plus sereine et plus créative cette longue journée plutôt ensoleillée. 

Bon Dimanche à vous!

Blue

 

21/05/2011

Ma femme idéale

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- Modigliani- Jeune femme aux yeux bleus -

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Ma femme idéale a le silence dans l'oeil,
Silence pudique criant de pureté,
Mais un tambour au coeur d'une gaie rareté;
Un pressentiment de vie ardente et sans deuil.
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Pourtant, ma promise a un esprit qui s'effeuille
Sitôt qu'on lui lance insultes, impuretés,
Ce jargon vénéneux des grossièretés.
Ma douce a le calme pur peint en trompe-l'oeil.
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Ma Rêvée mesure le rêve à l'étendue
De son amour pour les hommes; tout uniment,
Elle embrasse, même en pleurs, sa race perdue.
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Mon Exquise a à fleur de peau des parfums clairs
Que je sens avec le coeur en plein déliement...
Elle me mord au coeur, les yeux en réverbères!
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19/05/2011

A Mokhtar

عيد ميلاد سعيد وعمر مديد      

Aïd miled saïd wa omrone madid

Bon anniversaire et longue vie!

 

derviches t.JPG

 

Rumeurs

 

De bouches à becs, la rumeur scintille

Et charge de ses flux

La dentelle des vagues.

Les feuilles des jours,

Au vent, frétillent.

 

- Mokhtar El Amraoui -